Chute du PIB, explosion de la pauvreté : le supplice grec [Le BLOG ECO]

Chute du PIB, explosion de la pauvreté : le supplice grec [Le BLOG ECO]

Toujours plus et encore plus même si cela ne sert à rien. C’est ce qui pourrait résumer la manière dont l’Union européenne (UE) traite l’un de ses membres, en l’occurrence la Grèce.

 Faisons d’abord un point sur la situation de ce pays. En 2016, l’économie s’est contractée en affichant un taux négatif pour ce qui est de l’évolution du Produit intérieur brut (PIB). Depuis 2010, la valeur de ce PIB, autrement dit la création annuelle de richesse, a chuté de 27%.

Le constat, inquiétant, ne s’arrête pas là. La pauvreté touche un Grec sur trois, parfois trois sur quatre dans certaines régions. Le taux de chômage, le plus élevé dans l’UE, est de 23% de la population active. La dette représente toujours 180% du PIB et la population n’en peut plus des mesures qui sapent son pouvoir d’achat : hausse de la TVA (de 19% à 24%), hausse des impôts fonciers, hausse des prélèvements sociaux, création de taxes nouvelles et, pour couronner le tout, baisse des retraites.

Austérité à tout prix

En résumé, les plans de « sauvetage » de la Grèce, adossée à d’importantes mesures d’austérité ont échoué. Cela, le Fonds monétaire international (FMI) le reconnaît depuis plusieurs mois. Quant à l’Union européenne, dont les membres détiennent 320 milliards de dette extérieure contractée par la Grèce, elle n’en démord pas. Si ces plans ne fonctionnement pas, c’est qu’Athènes n’en fait pas assez en matière de réformes structurelles et, surtout, en matière de politique d’austérité.

Un exemple symbolise ce jugement sévère : Bruxelles exige une nouvelle réforme des retraites ce que le gouvernement grec refuse absolument. De quoi remettre en cause de manière récurrente les versements des prêts qui doivent encore être versés au Trésor grec (les négociations suspendues au cours des derniers mois ont repris et le déblocage d’une nouvelle tranche est pratiquement acté).

Pourquoi un tel acharnement alors que nombre d’économistes estiment que la Grèce ne pourra jamais rembourser sa dette et qu’il est temps de la restructurer voire d’en annuler une partie ? On le sait, des doigts accusateurs sont pointés sur l’Allemagne qui demeure inflexible depuis plusieurs années.

 Pour Berlin, la Grèce doit se plier aux exigences de l’UE et entreprendre toutes les actions pour assainir ses comptes et rembourser sa dette. Les autres pays de l’Union, France en tête, tiennent un raisonnement identique même s’ils sont moins en pointe sur la question.

 Autrement dit, ce que la Grèce endure aujourd’hui ne vise qu’à lui permettre de dégager des liquidités pour pouvoir tenir ses engagements financiers et réduire au maximum ce que ses partenaires européens seront obligés, tôt ou tard, de faire passer comme pertes. Quant au FMI, il est certes critique vis-à-vis du plan d’austérité mais il ne semble guère déterminé à convaincre l’Allemagne et les autres membres de l’UE d’annuler une partie de la dette grecque.

Vers un Grexit ?

Du coup, la question qui se pose est de savoir ce qui pourrait se passer si, de guerre lasse, les dirigeants grecs venaient à décider de faire défaut sur la dette ou s’ils venaient à opter pour une sortie de l’Union européenne. D’ailleurs, ce « grexit » n’est plus une simple hypothèse de travail.

Depuis la décision britannique de quitter l’UE, les probabilités d’un retrait grec ont augmenté. Bien entendu, cela ne se fera pas du jour au lendemain et de nombreux Grecs préfèrent que leur pays reste dans la zone euro ou, à défaut, au sein de l’UE (tout en revenant à la drachme dans ce deuxième cas). Mais rien n’est joué et il va être intéressant de suivre l’évolution de la situation grecque au cours des prochains mois.

D’un côté, les pessimistes prédisent le pire avec la perspective d’une grave crise politique sous fond d’appauvrissement endémique. De l’autre, les optimistes, qui jurent que l’économie grecque va repartir dès 2018 et que les piliers de son nouveau modèle économique (agriculture et services) permettront d’assainir sa situation financière et de pouvoir emprunter de nouveau sur les marchés. On se demande qui croire…

Akram Belkaïd 

Leave a comment

Send a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *