Vives tensions budgétaires et sociales entre 2021/2022 : urgence d’une nouvelle gouvernance (Abderrahmane Mebtoul) - Maghreb Emergent

Vives tensions budgétaires et sociales entre 2021/2022 : urgence d’une nouvelle gouvernance (Abderrahmane Mebtoul)

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter

Par Abderrahmane Mebtoul Professeur des Universités, Docteur d’Etat (1974) en sciences économiques, expert international

Le monde traverse une crise inégalée où selon le  FMI, la banque mondiale et l’OCDE le chômage et l’exclusion  sociale tend à s’étendre  au niveau planétaire, touchant surtout les pays les plus vulnérables.

Dans un contexte marqué par une incertitude exceptionnelle, avec une dette publique qui explose, 98% du PIB mondial en 2020 contre 84% en 2019,  la Covid-19 ayant alourdi la dette mondiale de 24 000 milliards de dollars en 2020. Selon l’OIT au total  en 2020, on a enregistré des pertes d’emplois sans précédent au niveau mondial atteignant 114 millions d’emplois si l’on compare à 2019. En termes relatifs, les pertes d’emplois ont été plus élevées chez les femmes (5,0 pour cent) que chez les hommes, et chez les jeunes travailleurs (8,7 pour cent), par rapport aux travailleurs plus âgés. Et  l’économie mondiale selon le FMI, devrait connaître une croissance de 5,5 % en 2021, puis de 4,2 % en 2022  ne devant revenir au niveau de 2019, qu’en 2022 sous réserve de la maitrise de l’épidémie du coronavirus. En Algérie, sans dénigrement, devant privilégier uniquement les intérêts supérieurs du pays,  un changement de politique, s’impose

1- Les réserves  de change sont passées  de 194,0 milliards de dollars fin 2013 à 2019 : 62 milliards de dollars fin 2019  et à fin 2020, malgré toutes les restrictions à l’importation, selon la déclaration du Président de la République en date du 1er mars 2021 entre 42/43 milliards de dollars. Le  ministère des Finances projette dans le PLF2021, une amplification de sa dévaluation, pour 2022, 149,32 DA pour 1 USD et pour 2023, 156,72 dinars pour 1 USDLes statistiques de la douane  ont indiqué le 5 avril 2021, que la valeur des exportations avait enregistré 4,32 milliards de dollars au cours des deux premiers mois de  janvier et février 2021, contre 5,6 milliards d’importations durant la même période, ce qui représente un déficit de 1,3 milliard de dollars en deux mois

Devant pondérer d’au moins 15/20% ce montant , les  deux  premiers mois n’étant  pas  significatifs, la libération des crédits  se faisant entre  avril et juin et devant tenir  compte de la balance des paiements qui inclut les services ayant représenté annuellement entre 10/11 milliards de dollars par an entre 2010/2019, la balance commerciale ayant une signification limitée, et si on maintient les restrictions de 2020 qui ont paralysé l’appareil de production , les réserves de change qui sont de 42 milliards de dollars fin 2020 s’établirait  à environ 25 milliards de dollars fin 2021 et moins de 20 milliards de dollars en cas de relance de l’investissement qui nécessite une sortie de devises

En cas de baisse drastique des réserves de change à 10/12 milliards de dollars, qui tiennent la cotation du dinar algérien à plus de 70%, la Banque d’Algérie sera contrainte de dévaluer le dinar officiel à environ 200/220 dinars un euro avec une envolée du cours sur le marché parallèle qui fluctue en fonction du taux d’inflation d’environ 300 dinars un euro minimum, surtout en cas d’ouverture des frontières. Selon le rapport de mars 2021 du FMI, la croissance économique serait en 2021 de 2,9% contre une prévision précédente de 3,2%  contre une croissance négative de 6% en 2020 et devrait  baisser à 2,2% en 2022. Le taux de chômage devrait s’établir à 14,5% en 2021 14,9% en 2022 contre 14,2% en 2020 avec un taux d’inflation de 4,9% en 2021 contre 2,4% en 2020 avec une envolée des prix à la consommation, plus de 6% en 2022. Le déficit du compte courant bien qu’en amélioration serait de 7,7% du PIB en 2021 contre 10,5% en, 2020 mais avec une détérioration en 2022 8,7% du PIB.

2- Cette tendance est confirmée par le PLF-2021 où les dépenses budgétaires (dépenses de fonctionnement et d’équipement)  se situent à environ 64,98 milliards de dollars au cours de 128 dinars un dollar au moment de l’établissement de la loi et les recettes fiscales globales (ordinaires et pétrolières) estimées à 41,62 milliards de dollars, cela donne un déficit budgétaire record de plus de 21,75 milliards de dollars contre à la clôture 2020 de 18,60 milliards de dollars avec un déficit global du trésor de 28,26 milliards de dollars, soit 17,6% du PIB, montant qui risque d’être accentué par les exonérations de la TVA de certaines produits, pour des raisons sociales, qui feront baisser la fiscalité ordinaire, creusant davantage le déficit budgétaire. 

C’est que nous avons assisté à une décroissance du PIB  à prix courants qui est passé de 180 milliards de dollars à prix courants en 2018, 171 en 2019 et à environ 160 milliards de dollars fin 2020. Un taux de croissance se calcule par rapport à la période précédente, un taux positif de 2,9% en  2021, rapporté à 2020, moins de 6% donnant un taux de faible, en termes réel entre 0 et 1% largement inferieur à la croissance démographique. On ne peut tout restreindre, quitte à étouffer tout l’appareil productif quitte à  aller vers une implosion sociale.

Qu’en est-il de l’évolution du cours officiel du dinar corrélé aux réserves de change pour la période de 2017 au 05 avril  2021 :   – 2017 : 77,26 dinars pour 1 USD et  69,20 dinars pour 1 euro  – 2018 : 116,62 dinars pour 1 USD et 137,69 dinars pour 1 euro :  – 2019 : 119,36 dinars pour 1 USD et 133,71 dinars pour 1 euro – 2020 : 128,31 dinars pour 1 USD et 161,85 dinars pour 1 euro. 

Selon la BA entre le 05 et le 07 avril  2021  la cotation est de 133,3558 dinars pour 1 USD et 156,9731 dinars pour 1 euro, une petite appréciation non pas due aux indicateurs économiques en dégradation, mais sous la pression des évènements du fait que  la cotation entre l’euro et le dollar évolue au niveau des bourses mondiales de façon, inversement proportionnelle, montrant que les propos du ministre des Finances d’appréciation du dinar et de la maitrise de l’inflation , ne répondent pas à une logique économique mais à une décision politique. 

3– Cette dépréciation du dinar par rapport au dollar et à l’euro accélère la méfiance du citoyen vis-à-vis du dinar, en plus du manque de liquidités,  amplifiant la sphère informelle où selon la banque d’Algérie entre 2019/2020,  la masse monétaire circulant en dehors du circuit bancaire, a atteint 6140,7 milliards de dinars (près de 47,23 milliards de dollars au cours de 130 dinars un dollar ) à la fin de l’année 2020 soit   une hausse de 12,93% par rapport à 2019Le président Abdelmadjid Tebboune, lors de sa rencontre avec la presse le 04 avril 2021, a indiqué que le chiffre oscillerait entre 6000 et 10 000 milliards de DA (soit au cours de 130 dinars un dollar  entre 46,15 et 76,92 milliards de dollars, soulignant qu’ils existent des données contradictoires, écart énorme étant dû à un système d’information non fiable, et que les mesures adoptées pour drainer une partie de cet argent, via la finance islamique, ont permis de drainer seulement 100 milliards de dinars soit à peine 1% si l’on prend le montant de 10 000 milliards de dollars. ( voir étude sous la direction du Pr Abderrahmane Mebtoul pour l‘institut français des relations internationales IFRI  Paris décembre 2013, les enjeux géostratégiques de la sphère informelle au Maghreb). Le processus inflationniste interne où la majorité des produits importés, excepté ceux subventionnés, connaissent depuis décembre 2020 une augmentation variant entre 30/50%, voire 100% pour certains produits comme les pièces détachées de voitures  en contradiction avec l’indice officiel de l’ONS non réactualisé depuis 2011, le besoin étant historiquement daté.

Le dérapage du dinar contribue ainsi  à la baisse des salaires ramenés en devises. Le taux officiel d’inflation  selon les données officielles  cumulée  a dépassé les 82% entre 2000/2020 et en redressant  les taux de 20% nous avons  une détérioration du pouvoir d’achat durant cette période de 100%  Les tensions sociales, à court terme tant qu’il y a la rente, sont atténuées artificiellement grâce aux recettes des hydrocarbures qui permettent des subventions et transferts sociaux  représentant 23,7% du budget général de l’Etat et 9,4% du PIB pour l’exercice 2021, mais mal gérés et mal ciblés, qui ne profitent pas toujours aux plus démunis et par la crise du logement qui renforce la solidarité familiale.  

4-  L’appréciation du dinar ou sa dépréciation  sera fonction du taux de croissance réel, des indicateurs macro-financiers et économiques, de la stabilité juridique, institutionnelle et politique, les élections législatives étant prévues en juin 2021.

Or, l’économie risque d’être en berne durant tout le premier semestre 2021,  avec des résultats pas avant fin juin 2021, les investisseurs potentiels attendant la politique du nouveau gouvernement expliquant dans bon nombre de secteurs des accords d’intention qui n’engagent pas juridiquement  le signataire, et non des contrats définitifs. Restent pour 2021  trois solutions : l’endettement extérieur, la planche à billets qui engendrera un processus inflationniste, la dépense publique via la rente des hydrocarbures devant distinguer la partie dinars avec une dette publique via la planche à billets, qui risque d’exploser et la partie devise influant sur le niveau des réserves de change. Avec l’épidémie du coronavirus et les restrictions d’importation sans ciblage, selon les organisations patronales, plus de 70% d’entreprises sont en difficultés , fonctionnant à moins de 50% de leurs capacités. Quant aux  projets comme le fer de Gara Djebilet et du phosphate de Tebessa hautement capitalistiques, le montant de l’investissement dépasse 15 milliards de dollars,  selon l’ex ministre de l’Industrie (source APS décembre 2020) qui n’en sont actuellement qu’aux intentions, comme rappelé précédemment, un mémorandum n’étant  pas un contrat définitif. 

Le seuil de rentabilité, sous réserve de trouver un partenaire  de renom, ces deux filières étant contrôlées au niveau du marché mondial par  quelques firmes  demandent du temps. Si  les projets sont lancés en 2022 au moins 5/7 ans, soit 2027/2029, donc ne devant pas attendre des entrées de devises avant cette date, alors que le monde économique aura profondément changé,  et pour les projets PMI/PME leur seuil de rentabilité se fera dans deux à trois ans. 

Comment ne pas rappeler que l’Algérie a engrangé plus de 1000 milliards de dollars en devises entre 2000/2019, avec une importation, de biens et services toujours en devises  de plus de 935 milliards de dollars pour un  taux de croissance dérisoire de 2/3% en moyenne alors qu’il aurait du  être  entre 9/10% et une sortie de devises de 20 milliards de dollars en 2020 pour une croissance négative selon le FMI de 6%.  

Mais soyons réalistes, entre 2021/ 2025, comme pour les années passées, 98% des recettes en devises avec les dérivées dépendront toujours des hydrocarbures,  nécessitant une nouvelle politique énergétique axée sur la l’efficacité  et la transition énergétique. Il s’agit d’entrevoir un nouveau management de Sonatrach dont la production en volume physique est en baisse, Sonatrach ayant signé des mémorandums qui ne sont pas des contrats définitifs, ayant attiré que peu d’investisseurs potentiels sur le terrain devant revoir l’actuelle loi des hydrocarbures. Selon un rapport mensuel publié le 12 mars 2021 par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la production algérienne de pétrole a atteint 878.000 barils en février 2021 contre 874 000 barils par jours en janvier, contre plus de 1,5 /1,2 millions de barils entre 2007/2010. Mais ne jamais oublier que 33% des recettes de Sonatrach proviennent du gaz naturel dont le cours est passé de plus de 10 dollars le MBTU en 2009/2013 à moins de 2,70 dinars le MBT  entre 2018/ avril 2021 (bourse-07 avril 2021, 2,640 dollars le MBTU) .

En conclusion, l’Algérie, pays à très fortes potentialités est un acteur stratégique de la stabilité de  la région euro-méditerranéenne et africaine (A.Mebtoul AfricapresseParis 03 avril 2021). Bien que selon le FMI, le PLF2021, fonctionne sur la  base d’un cours supérieur à 100 dollars,  l’Algérie possède des marges de manœuvre où selon le rapport du FMI de mars 2021, la dette publique globale s’établit à 51,4% du PIB en 2020 contre 45,6% en 2019 avec une dette publique intérieure de 50,8% en 2020 contre 45% en 2019 et une dette extérieure faible de 0,6% du PIB contrairement à ses voisins du Maghreb.

Pour être un acteur actif, l’Algérie a besoin de profondes réformes de son système politique et socio-économique, tenant compte de l’innovation destructrice, en ce monde turbulent et instable, marquée par la transition énergétique et numérique. Un discours de vérité, sans dénigrement s’impose  si l’on veut redresser l’économie algérienne qui a d’importantes potentialités, entre 2024/2025, si les projets sont mis en œuvre, en 2021 et  bien maturés s’inscrivant dans la logique des valeurs internationales.

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter