Ihsane El Kadi raconte les conditions de sa détention (communiqué) - Maghreb Emergent

Ihsane El Kadi raconte les conditions de sa détention (communiqué)

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter

J’ai été arrêté le jeudi 10 juin à 17 h 45 en bas du siège de notre agence à la place Audin et conduit dans un fourgon banalisé à la caserne Antar de la DGSI à Hydra. J’ai eu, en arrivant, un long échange intellectuel avec le colonel qui a suivi mon dossier consistant à savoir si l’Algérie était mure ou pas encore pour la démocratie.

Un interrogatoire formel a ensuite débuté à 22 heures passées avec d’autres officiers, pour rapidement buter sur mon refus de répondre à quoi que ce soit tant que je ne savais pas pourquoi j’étais interpellé.

Ce refus s’appuyait également sur le fait que j’avais déjà séjourné pendant 6 heures au même endroit et selon le même procédé de l’interpellation dans la rue, le jeudi 18 juin 2020 à partir de 18 H.

J’avais déjà en cette circonstance refusé le jeu des questions réponses invasif et refusé de signer le procès-verbal. Mon statut mal défini a alors changé ce jeudi à 22 h 30. On m’a retiré mes objets personnels, hormis mon téléphone, gardé jusqu’alors éteint sur moi.

L’interrogatoire s’est interrompu à 2 heures du matin pour reprendre vendredi en milieu de matinée, puis se poursuivre en deux séquences l’après-midi. 

J’ai répondu durant mon interrogatoire à des questions portant sur le financement d’opérations précises : le prix Ali Bey Boudoukha par le recours au Crowdfunding sur la plate- forme Kisskiss bank bank pour récompenser le meilleur article d’investigation (organisé en 2014, 2017 et 2019 par Maghreb Emergent) ; la formation en 2015 de journalistes de Radio M dans le cadre du projet Ibtycar de CFI, au même titre que d’autres médias algériens dont des médias publics.

J’ai également dû refuser de répondre à une question sur l’origine du texte de la pétition publiée, le jeudi 10 juin, sur le site de Radio M dénonçant « le fait accompli » des élections législatives sous état de siège non déclaré comme un fait aggravant la crise politique.

J’ai appris par mon fils, le vendredi en mi-journée, que Khaled Drareni était également détenu à Antar et que la famille de Karim Tabou était sans nouvelles de lui. 

J’ai quitté la caserne de Antar à minuit passée sans savoir très bien pourquoi j’ai été détenu pendant 30 heures, et si des suites judiciaires sont prévues.

Ce sentiment, même tempéré par le traitement plein d’égards de mes « hôtes », m’indigne au plus haut point. Je suis déjà sous contrôle judiciaire suite à une plainte du ministre de la communication Amar Belhimer pour le contenu d’un article d’analyse politique, une première dans l’histoire du pays après le 05 octobre.

Le journalisme, l’édition de presse électronique et l’expression des opinions ne sont pas un crime.  Ce sont des libertés garanties par la constitution algérienne, même celle de Abdelmadjid Tebboune.

L’acharnement sécuritaire et judiciaire que je subis depuis un an dans la continuité de l’emprisonnement de Khaled Drareni et de la censure de nos deux sites d’information doit cesser. Il ne peut pas empêcher la pratique du journalisme indépendant et de la libre citoyenneté. Et il ne l’empêchera pas. Institué en mode de gouvernement, il porte un grand préjudice à l’image de l’Algérie.

J’exprime aujourd’hui mes plus vifs remerciements à tous ceux et celles qui ont animé et contribué à ce grand élan d’indignation et de solidarité avec moi et mes co-interpellés et avec nos médias

Share on facebook
Facebook
Share on twitter
Twitter