"L'absence du régulateur et la non application des mécanismes de contrôle du marché ont favorisé la spéculation" (interview) - Maghreb Emergent

« L’absence du régulateur et la non application des mécanismes de contrôle du marché ont favorisé la spéculation » (interview)

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Récemment, les prix des produits agricoles se sont enflammés dans les marché de détails. Pour les autorités, les responsables de cette situation incontrôlable ont été pointé du doigt, les spéculateurs. Dans cette interview accordée à Maghreb Emergent, Aissa Manseur, expert consultant en développement agricole, explique les raisons du dysfonctionnement du marché et pourquoi les mécanismes de régulation du marché ne fonctionnent pas.

Maghreb Émergent: Le gouvernement a lancé ces derniers jours une bataille administrative et judiciaire contre les commerçant spéculateurs des produits agricoles de large consommation. Ces « spéculateurs » considérés comme premiers responsables de l’augmentation spectaculaire des prix des produits de large consommation.  Qu’en pensez-vous de cette façon de faire ?

Aissa MANSEUR: Effectivement le Conseil des ministres a approuvé le projet de loi relatif à la lutte contre la spéculation.  Ce nouvel arsenal juridique criminalise l’acte de spéculation et prévoit des peines très lourdes allant jusqu’à 30 ans de prison et la perpétuité pour les individus impliqués dans le crime de la spéculation, ce qui constitue une avancée très sérieuse dans la lutte contre la spéculation mais parallèlement on doit décréter, en amont, des dispositions pour barrer la route à l’apparition de ce phénomène dévastateur. L’absence d’un dispositif de régulation et la non application des mécanismes de contrôle du marché à amplement favoriser le développement de cette activité illégale ! Par la force des choses, les spéculateurs occasionnels sont devenus professionnels, devenus les vrais maitres du marché et imposent leur diktat aux producteurs ainsi qu’aux marchands de gros, Ils guettent le moment opportun pour s’accaparer des marchandises à bon prix et les stocker en créant ainsi la pénurie, ils déstockent au moment voulu et imposent leurs prix ! Ces spéculateurs ont atteint un degré de professionnalisme avancé, ils n’agissent pas au hasard, ils sont bien informés des réalités du marché et bien équipés pour transporter et stocker les différentes produits.

Dans le processus de production et de commercialisation des produits agricoles, l’agriculteur et le maillon les plus affecté et le plus vulnérables aux aléas du marché.

Si on prend l’exemple de la pomme de terre, le gouvernement se lance dans une opération de déstockage pour baisse les prix. Est-ce que selon vous c’est la bonne solution pour baisser les prix des produits agricoles ?

Le système de régulation de la production agricole de large consommation   (SYRPALAC) a été créé en 2008 à cet effet mais ce dispositif à montrer ses limites et il est bien temps de revoir ce dispositif qui consomme un budget faramineux sans aucune efficacité sur le terrain. Cette opération limitée dans l’espace et dans le temps n’aura pas vraiment un impact sur les prix. Les quantités déstockées ne peuvent pas couvrir tous les marchés locaux en plus je dois encore préciser que cette ‘’ patate déstockée ‘’ n’a pas vraiment un succès auprès des consommateurs du fait de sa très mauvaise qualité, le ménagères préfèrent acheter 2 kilos de produit frais que 5 kilos de produits déstocké, on tombe des fois sur une pomme de terre qui ne cuit pas ! Là aussi il faut soulever le problème de la non maitrise des techniques de stockage sous froid et le non-respect des normes de stockage. Il est inconcevable de dépenser de l’argent public pour procéder au stockage d’un produit frais et en faire sortir un produit que je peux qualifier même d’impropre à la consommation !

L’agriculteur a-t-il un rôle dans tout ça ?

La spéculation intervient en aval du processus de production, les agriculteurs ne peuvent prévoir s’il y aura spéculation ou non et la vente de leurs produits se fait sans aucune considération à ce phénomène qui lui leur porte préjudice indirecte qui peut influencer la pérennité de leur activité, peut-on imaginer que sera le comportement d’un agriculteur qui cède sa production avec un prix dérisoire et qu’il retrouve doublé ou même triplé au marché de détail. Dans le processus de production et de commercialisation des produits agricoles, l’agriculteur et le maillon les plus affecté et le plus vulnérables aux aléas du marché.

Sur le plan réglementaire, comment peut-on distinguer entre le stockage (saisonnier ou stratégique) et la spéculation ?

En terme économique la régulation permet de corriger les instabilités des marchés en assurant leur approvisionnement régulier en produits pour éviter les pénuries, c’est un dispositif qui se base sur des textes réglementaires et des actions légales.

Le stockage « régulier » se fait par les institutions publiques ou par des opérateurs privés qui adhèrent au dispositif et ce fait conformément à un calendrier bien étudié et bien défini, il intervient lorsque on enregistre un surplus de production, ce qui permette d’éviter l’effondrement des prix et encore protéger le revenu des agriculteurs, toute autre opération qui se réalise en dehors de ce circuit est considérée comme spéculation.

L’augmentation des prix de référence des engrais subventionnés est entrée en vigueur et les aides de l’Etat aux agriculteurs sont en baisse, dans quelle situation se trouvent-ils actuellement ?

La révision des prix de référence des engrais est intervenue après l’augmentation très significative des prix de ces produits sur les marchés internationaux. L’engrais est un intrant indispensable et inévitable pour la production agricole et son acquisition par l’agriculture est obligatoire c’est pour cette raison que les pouvoirs publics interviennent par un soutien de 20 % du prix de référence pour l’acquisition des engrais essentiels et ce  quel que soit le prix  pratiqué sur le marché, a titre d’exemple un produit coute 10 000 da le quintal et dont le prix de référence est fixé à 6 000 DA, l’agriculteur perçoit un soutien de 1200 da, donc il déboursera 8800 da pour l’acquisition d’un quintal de de ce produit, pour l’instant on ne sait pas encore a quelles proportions ont été augmenté les prix sur le marché pour voir l’incidence de la révision du prix de référence sur la valeur du  soutien .

A propos de ce sujet je peux dire qu’il faut accorder le soutien nécessaire pour développer et promouvoir la production agricole, donner sans compter (mais contrôler sévèrement), les pays les plus développés soutiennent fortement leurs agricultures durant tout le processus de production. L’autosuffisance alimentaire et encore la sécurité alimentaire ne peuvent être réalisées avec le ‘’maigre ‘’budget alloué à notre agriculture actuellement, des efforts considérables doivent être fournis dans ce sens !

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