Le nouveau pouvoir économique et militaire mondial reposera sur le contrôle des nouvelles technologies et l’information (Contribution) - Maghreb Emergent
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Le nouveau pouvoir économique et militaire mondial reposera sur le contrôle des nouvelles technologies et l’information (Contribution)

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Professeur des  universités  expert international, Dr Abderrahmane MEBTOUL

La maîtrise du temps est  le défi principal du XXIème siècle, engageant la sécurité mondiale  et toute inadaptation à ces mutations isolerait encore plus le pays. Les drones sans pilotes commencent à remplacer l’aviation militaire classique pouvant cibler avec précision tout adversaire  à partir de centres informatiques sophistiquées à des milliers de kilomètres. Les  satellites remplissant l’atmosphère,  permettent d’espionner tout pays, de détecter le mouvement des troupes et la diffusion d’images de toute la planète.

Le contrôle de l’information grâce à l’informatisation  permet  le développement des sites d’information, impliquant une adaptation   des journaux papier,  une nouvelle organisation des entreprises et administrations en réseaux, loin de l’organisation hiérarchique dépassée, l’interconnexion bancaire et éclectique, pouvant bloquer tout pays dans ses transactions financières  et  la  panne des réseaux  peut plonger  tout  pays dans les ténèbres. L’utilisation de Facebook et Twitter par la diffusion d’informations parfois non fondées où faute de transparence, la rumeur dévastatrice supplante  l’information officielle déficiente. 

Face à cette situation ayant des impacts géostratégiques, économiques  et sécuritaires, où les relations diplomatiques  de chefs d’Etat à Etat ont de plus en plus peu d’impacts , étant supplantés par des réseaux décentralisés, l’Etat major de l’ANP à travers les dernières éditions  El-Djeich  tire la sonnet d’alarme  afin que  la majorité des  responsables des institutions  stratégiques en Algérie en déphasage par rapport aux nouvelles réalités tant internes que  mondiales, s’adaptent en urgence, nécessitant un important investissement dans le savoir.

C’est que la nouvelle révolution mondiale du numérique  a un impact sur le comportement des citoyens, sur la gestion des institutions et des entreprises et  d‘un manière générale  sur  la gouvernance et sur notre nouveau mode de vie. Politiques, Militaires,  entrepreneurs, citoyens, nous vivons tous aujourd’hui dans une société de la communication électronique, plurielle et immédiate qui nous contraint à prendre des décisions en temps réel.

1.-L’impact du  nouveau système d’information sur la gouvernance

La naissance des NTIC est due notamment à la convergence de l’informatique, des télécommunications et de l’audiovisuel. Le développement d’Internet à haut débit, la démocratisation de l’ordinateur et des nouvelles technologies découlent d’une baisse des tarifs proposés par les fournisseurs d’accès et d’une demande de plus en plus présente de la clientèle. 

Le boum des blogs et des messageries électroniques donne aux TIC une place de plus en plus vaste dans notre société. Cette interaction de l’électronique et de l’informatique explique que les applications des NTIC puissent répondre aux besoins aussi bien des entreprises et de l’Etat que des ménages et des individus. Désormais soumises aux mêmes lois du marché que n’importe quelle autre activité de production marchande, les NTIC constituent, en outre, un secteur où la concurrence se joue directement à l’échelle mondiale. La globalisation des entreprises, des marchés et des circuits de la finance n’a pas seulement impliqué un remodelage des structures économiques et des flux d’échange, elle a aussi conduit à la professionnalisation de la communication et de l’information, ainsi qu’à une intégration de plus en plus poussée des phases de la conception, de la création et de la consommation des produits, parallèlement à la fusion de sphères d’activités jadis séparées, voire opposées.

Plus qu’une ouverture vers le grand public les TIC révolutionnent l’organisation interne de l’entreprise, les logiciels de gestion appelés les ERP (Entreprise Ressource Planning) gèrent différentes tâches comme les stocks ou la trésorerie, le travail collaboratif est simplifié grâce à l’utilisation de l’intranet et de la messagerie, le système «wireless» ou «sans fil» maintient un lien permanent avec des collaborateurs en déplacement tout comme la vidéo-conférence, tout cela génère un meilleur partage ainsi qu’une meilleure circulation de l’information interne.

Ainsi, le monde est devenu une grande maison de verre.  L’infrastructure de l’Internet se répand aujourd’hui autour du monde pour créer un large réseau mondial et ce grâce à l’informatique qui permet aujourd’hui de numériser les informations et de gérer de nouveaux systèmes. L’intégration des télécommunications, de l’informatique et de l’audiovisuel a donné naissance à la Société de l’information qui fait l’objet d’une attention particulière de la part des Etats et des organisations internationales. Cet intérêt s’est trouvé accru depuis plus d’une décennie en raison des retombées socio-économiques et culturelles des nouvelles technologies de l’information de la communication (NTIC) : la « ‘fracture numérique » transcende en effet les clivages géographiques et traverse de part en part toutes les sociétés humaines( voir l’American Herald Tribune du 11 août 2018 (USA) «Dr Abderrahmane Mebtoul : «Algeria Still Faces Significant Challenges» et  trois parties dans le site international Africapresse Paris 8/9/10 aout 2018 sur les défis de l’Algérie 2018/2020/2030 « Pr A. Mebtoul (1/3) Le développement de Algérie implique la réforme du système politique» b-Pr A. Mebtoul (2/3) : «Il est urgent d’adapter nos partis politiques algériens, pour la majorité liés à des intérêts de rente» -Pr A. Mebtoul (3/3) : «Pas de développement pour l’Algérie sans vison stratégique de la transition à une économie hors hydrocarbures»). 

C’est que les nouveaux moyens de télécommunication facilitent l’échange et la diffusion de la connaissance. Ces nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) changent donc profondément la vie au quotidien des citoyens, le fonctionnement des entreprises, de l’Etat. Tout cela entraîne de nouvelles représentations mentales et sociales. Cela est plus patent au niveau multimédia (TV, vidéo à la demande, GPS, musique…) sur les téléphones portables. Sur le plan macroéconomique, les nouveaux processus mis en place grâce aux TIC ont des conséquences sur l’analyse de la valeur des produits et services, que l’on effectuera davantage sur le cycle de vie, lequel a tendance à se raccourcir et influe sur les gains de productivité et la croissance liée à l’introduction des TIC.

Les TIC influencent également la recherche scientifique et technique et permettent indirectement de réaliser de nouvelles découvertes qui ont à nouveau un effet macroéconomique. Enfin, les TIC ont un impact dans de nombreux autres domaines comme les loisirs, la culture, la santé, la gestion du temps, les comportements en société. L’avènement d’Internet et le développement formidable qu’il connaît depuis quelques années ont pratiquement mis en demeure l’entreprise – de quelque importance qu’elle soit – de s’adapter et d’en faire l’usage le plus judicieux et le plus productif. La compétitivité l’obligeant à obtenir ou à donner l’information en temps réel, l’entreprise va en effet investir la Toile et recourir à l’électronique pour faire face à la concurrence et développer ses activités.

Les NTIC permettent de mettre en place depuis quelques années des modèles d’organisation du travail dont les principales caractéristiques sont la décentralisation et la flexibilité. Le phénomène de délocalisation de l’emploi tient largement de la recherche des gains de productivité et des possibilités offertes par les NTIC aux entreprises, particulièrement à celles qui sont d’une grande envergure : télé-saisie, télétraitement et télémaintenance informatique sont maintenant une réalité de tous les jours.

2.- Pour  des raisons de sécurité nationale, revoir le système d’information et maitriser l’intelligence économique

L’Intelligence économique et sa gestion stratégique est devenu pour une Nation et l’entreprise d’une manière particulière, l’un des moteurs essentiels de sa performance globale et de sécurité. 

L’intelligence économique intègre deux dimensions supplémentaires par rapport à la veille : la prise de décision et la connaissance de l’information. Le modèle d’Intelligence Economique recouvre en trois concepts. Nous avons d’abord les données qui sont des nombres, des mots, des événements existants en dehors d’un cadre conceptuel de référence. Ensuite nous avons l’information qui est l’accumulation de données, traitées et transformées qui deviennent des informations, validées et confrontées, qui commencent à avoir un sens. Enfin nous avons la connaissance qui est l’ensemble d’informations interprétées qui permet de prendre des décisions. Les passages par ces trois concepts se fait de la manière suivante. Je veux la bonne information au bon moment.

Une fois les objectifs globaux en matière d’information arrêtés, et les missions de recherche, collecte, tri et stockage validées, il faut analyser l’information, exploiter les résultats de manière à faire ressortir les aspects aidant à la prise de décision. Pour faire de l’intelligence économique un véritable avantage concurrentiel, il est indispensable de l’intégrer aux fonctions de l’administration et de l’entreprise. L’approche processus permet une meilleure coordination des étapes pour profiter au maximum du gisement informationnel en vue d’actions efficaces sur l’administration ou l’entreprise ou son environnement du fait d’interactions complexes. Une Nation ou une entreprise sera meilleure que ses concurrents si elle possède, avant les autres, les bonnes informations au bon moment, qu’il s’agisse de connaissance des marchés, d’informations juridiques, technologiques, normatives ou autres, créant une asymétrie d’information à son avantage. D’où l’appui aux entreprises pour l’accès aux volumes importants d’informations sur le commerce international détenu par les départements et agences ministériels, les Services de renseignement et de contre-espionnage, mettant en place un service d’information économique au profit des entreprises engagées dans le commerce extérieur.

Depuis l’apparition des intranets et des extranets, l’information se diffuse plus rapidement et plus largement hors des frontières, acquérant ainsi une telle valeur stratégique que l’enjeu est désormais de se l’approprier. Les motivations des pirates informatiques ont évolué : du piratage de logiciels de la part d’amateurs dont la motivation essentielle consistait à voler pour leur usage personnel, nous sommes passés à un piratage « professionnel » d’ordre économique (détournements d’argent) et piratage industriel, proche de l’espionnage. Les interceptions de communications ont aussi évolué. Des écoutes téléphoniques nous sommes passés aux interceptions des messages électroniques. Lorsqu’un mail est envoyé de façon habituelle, il n’est pas crypté et peut transiter par une dizaine de proxys qui jalonnent le parcours vers sa destination.

Or, ces derniers conservent, pour des raisons techniques mais aussi légales, une copie des messages reçus. Les informations contenues dans le corps du message et dans les fichiers joints peuvent donc être lues par autant de responsables de proxies que nécessite le trajet. Les vols de documents ne se produisent pas seulement en accédant, à distance ou non, à un ordinateur ou un serveur, mais également de la façon la plus inattendue par les photocopieuses.

Elles sont ainsi devenues de véritables centres de stockage informatisés, et cela très souvent à l’insu des dirigeants et salariés des entreprises. Les copieurs et les machines multifonctions les plus modernes stockent les informations avant de les imprimer, des experts en informatique peuvent donc ensuite très facilement récupérer ces informations, d’autant plus que la plupart d’entre elles sont généralement connectées à un réseau, soit via un PC (imprimante partagée), soit grâce à une adresse IP propre. D’où l’importance de la   nécessaire adaptation tant  de note diplomatie où se posent cette question : que font nos ambassades bureaucratisées avec des couts faramineux tant pour rehausser l’image de l’Algérie que sur le plan économique ?

Je rappelle qu’en tant que directeur général des études économiques et premier conseiller à la cour des comptes j’avais été chargé par la présidence de l’époque en 1983 du dossier surestaries, des nombreux bateaux en rades qui occasionnent des sorties de devises importantes, j’avais suggéré , en relation avec les services du ministère du commerce, de l’Intérieur ,des finances et de différents départements ministériels concernés, l’urgence pour lutter contre à la fois les surestaries et les surfacturations l’établissement d’un tableau de la valeur par  la mise en place d’un système d’information en réseaux et en temps réel  reliés aux réseaux internationaux afin de connaitre les couts/qualités des produits importés.

En Algérie, le  manque de cohérence favorisé par un système de prix incohérent où l’on additionne les prix administrés et les prix du marché ne permet pas de cerner la sincérité des comptes et peut donner lieu à de la mauvaise gestion, voire de la corruption. Si l’information de base est biaisée, cela donne des résultats au niveau global qui ne reflète pas la réalité. Il faut donc uniformiser les méthodes d’enquêtes qu’elles soient exhaustives ou par sondage. Or, des erreurs de politique économique peuvent se chiffrer à des pertes de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour le pays.

Or,  la majorité des ministères, des wilayas, de la majorité des services collectifs  ,des entreprises publiques et privées sont gérés selon les méthodes  des années 1970/1980, peu initiés aux  techniques de rationalisation  des choix budgétaires. D’où  l’urgence de la transparence de la gestion de Sonatrach qui procure avec les dérivées 98% des recettes en devises du pays,  du système financier dans sa globalité , lieu de luttes d’intérêts  et de distribution de la rente des hydrocarbures qu’une oligarchie  rentière  a utilisé :  le système douanier pour des surfacturations faute d’absence d’un tableau de la valeur relié au réseaux internationaux, (prix, poids  couts/qualité) ;  le système  domanial non numérisé favorisant la  dilapidation du   foncier ; le système fiscal non numérisé  favorisant la fraude fiscale,  le système bancaire public  avec  des crédits faramineux octroyés sans de véritables garanties, en plus  des bonification de taux  d’intérêt, avec des  complicités, sans corrélation avec les impacts  en matière  de création de richesses. Dans ce cadre, la loi de finances 2021 repose sur des hypothèses difficilement réalisables  et cela nécessitera courant juin 2021, une loi de finances complémentaire.

En conclusion, notons que l’Algérie est un des pays les plus en retard dans la transition énergétique et la transition numérique, malgré des discours de certains responsables déconnectés de la réalité vivant toujours du mythe de la rente des hydrocarbures et des industries mécaniques du passé, faute de vision stratégique de la transformation du nouveau monde. Ainsi,  le rapport annuel mondial sur l’économie numérique (Network Readiness Index (NRI 2020)), a classé l’Algérie à 107ème place sur 134 pays dans sa dernière édition, à la 120ème place en matière de gouvernance numérique

Il  existe un théorème dit des 20/80% en management stratégique : 80% d’actions mal ciblées ont un impact de 20% sur la société ; 20% d’actions bien ciblées ont un impact de 80% et devant tenir compte du facteur temps combinant les paramètres et les variables pour atteindre l’optimum global  et ce qui est secteur stratégique aujourd’hui peut ne pas le devenir demain. La bureaucratie, héritage d’une économie administrée, constitue une des contraintes les plus fortes et dont l’éradication est absolument nécessaire pour insuffler  la dynamique au développement dans le cadre d’une libéralisation maitrisée conciliant l’efficacité économique et une profonde justice sociale.

Le monde est  à l’aube d’une quatrième révolution économique et technologique, fondée sur deux fondamentaux du développement du XXIème siècle, la bonne gouvernance et l’économie de la connaissance, avec comme trajectoire la transition numérique et la transition énergétique. Le statut quo étant suicidaire, n’existant pas de situation statique,  plus on diffère les réformes, plus on épuisera les réserves de changes  avec le risque  du retour au FMI horizon 2022, ce qu’aucun patriote  ne souhaite.

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