Grâce à la complaisance de la SATIM, les Kouninef ont mis la main en 2016 sur le paiement électronique. Conséquence il est toujours à l’arrêt en 2020.

La société BPC (Banking * Payments * Context) partenaire traditionnel de solutions technologiques IT en Algérie a dû se résoudre à s’associer en urgence avec les frères Kouninef pour obtenir un marché important de Solution monétique de migration de plate forme de paiement électronique. C’est ce qui ressort d’une enquête conduite par Maghreb Emergent auprès de sources diverses dans la SATIM et au sein des banques de la place.

Un groupement entre BPC et les Kouninef (respectivement 80% et 20% des parts) et présidé par Noah Kouninef a été crée en 2016 et a obtenu dans les mois qui ont suivi, le marché de la migration solution monétique, pour lequel un premier appel d’offres avait été déclaré infructueux. BPC avait participé seul, aux côtés de 32 autres soumissionnaires, au premier appel d’offres lancé par la SATIM.

L’appel d’offres a été annulé le 12 mai 2016. Un autre appel d’offres a été lancé le 15 mai. Seules huit entreprises ont retiré le cahier de charges, dont Monetix/BPC, « créée pour cet appel d’offres ». Alors que le code des marchés publics exige des soumissionnaires les trois derniers bilans pour être éligibles, la SATIM « a réaménagé le cahier des charges en supprimant ce critère des 3 derniers bilans et ce pour permettre au groupement Monetix/BPC, nouvellement crée, d’être éligible », selon une source interne à la SATIM.

L’offre de Monetix/BPC n’a pas seulement été acceptée, mais préférée aux sept autres postulants. BPC a clairement pu s’emparer de ce marché grâce à la présence des Kouninef dans le groupement BPC-Monetix crée à cette fin. Un contrat de fourniture et installation de la solution monétique « Migration de la plateforme monétique » a été signé par la SATIM et le Groupement MONETIX/BPC. Son délai d’exécution de ce contrat est de 12 mois pour un montant de plus de 500 millions de DA, dont plus de 450 millions en Dinars convertibles, donc transférables. Ce contrat « a une durée de validité ouverte, ce qui n’est pas permis par la législation des marchés publics ». Un engagement de maintenance de la nouvelle plateforme pendant 14 ans fait également partie des clauses contractuelles.

Divorce sur le suivi exécutif

Dans le partage des missions au sein du groupement, Monetix est chargée du « suivi d’exécution », tandis que le travail technique est pris entièrement en charge par BPC. Si BPC affirme avoir respecté ses engagements contractuels, il n’en serait pas de même de Monetix. C’est ce que rappelle une correspondance du 19 Juin 2019 de BPC destinée à Monetix SPA. Cette correspondance, sous forme de mise en demeure, a été transmise après l’arrestation des Kouninef, en avril 2019.

Elle rappelle que « BPC SMARTVISTA FZ-LLC et la société SPA MONETIX représentée par Noah Tarik KOUNINEF ont constitué le groupement d’entreprises dénommé GRP MONETIX BPC et ce dans le cadre de l’appel d’offres lancé par la SATIM n°02/MSM/2016 du 15 Mai 2016 pour la fourniture et l’installation d’une solution logicielle monétique nationale et internationale ». Dans ce courrier, BPC rappelle avoir « réalisé l’intégralité de ses obligations contractuelles, sans que la totalité de ses factures n’ai été réglée ». Elle réclame dans cette correspondance le paiement de deux factures de plus de 600.000 USD (plus de 72 millions de Dinars convertibles). Dans cette correspondance, BPC s’étonne qu’aucune personne n’ait été désignée pour remplacer Mr Hosni Zaki Mentouri après sa démission du poste de Directeur Général de Monetix.

Dans une correspondance adressée à la Directrice Générale de la SATIM, Mme Nawal Benkritly, et signée Mr Angelo C.B Mendez, DG de BPC par, rappelle l’historique de la création du groupement de leur société avec Monetix des frères Kouninef. Il se plaint ensuite de l’absence de contact avec leur partenaire Monetix Spa, malgré l’envoi de courrier et de mise en demeure. Face à « la défaillance » de leur partenaire Monetix Spa, Le DG de BPC propose de trouver une solution, en recourant éventuellement au changement du contrat pour le rendre direct entre BPC et la SATIM.

Un préjudice colossal pour la monétique

En attendant de trouver une solution à l’attribution de ce marché qui a viré au chaos, le ministère du Commerce vient de reculer l’obligation des paiements par carte de crédit à 2021, sous prétexte de manque de moyens, quand les premiers terminaux de paiement électronique (TPE) ont été acquis par la SATIM pour le compte des banques publiques depuis plus de Vingt ans.

L’activité monétique a atteint plusieurs millions de transactions au Maroc alors que les cartes de paiement servent au mieux comme des cartes de retrait. L’absence d’une plateforme nationale et internationale pour ce type de transactions y est pour beaucoup. La responsabilité de la SATIM et GTE dans le retard de ce déploiement est totalement engagée. Il appartiendra ensuite aux banques de déployer leurs TPE et de gagner la confiance de leurs clients professionnels (entreprises et commerçants) pour l’utilisation de ce moyen moderne de paiement.

En attendant, le système monétaire algérien continue à se débattre dans des problèmes d’absence de liquidités au niveau des banques en général, et de la Poste en particulier.

La direction de BPC a saisi Maghreb Emergent, d’un droit de réponse, suite à la parution d’un premier article sur la collaboration de BPC et des Kouninef en Algérie. On peut y lire : « en somme et à l’issue des quatre dernières années BPC a  à son actif d’importantes  réalisations  en Algérie. Citons  la  fourniture  d’un switch national moderne et performant, la mise en place de l’interopérabilité entre la SATIM et Algérie poste, ce qui permet aux citoyens algériens de  pouvoir utiliser leurs cartes indépendamment de l’entité qui a émis la carte dans tout le réseau national, figure également la mis en place d’une solution qui permet les paiements à travers  le code QR Statique, alors que  le projet QR Code Dynamique en est à sa dernière phase de réalisation ». La direction de BPC continue de passer sous silence son mariage forcé avec les Kouninef.

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