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Algérie

L’Algérie a besoin d’une nouvelle politique économique pour éviter le retour au FMI (contribution)

Par Yazid Ferhat
avril 26, 2016
L’Algérie a besoin d’une nouvelle politique économique pour éviter le retour au FMI (contribution)

En attendant  que  la production koweitienne atteigne sa vitesse de croisière,  après une longue grève,  le cours du Brent a été clôturé le 25 avril 2016 à 44,45 dollars  et le  WIT 42,80 dollars,  au cours  euro/dollar, 1,1261.

 

La  majorité des observateurs et organismes internationaux, en cas d’une reprise de la croissance de l’économie mondiale,  de l’entrée de nouveaux producteurs et d’un  nouveau modèle de consommation énergétique, reposant sur un mix énergétique,  qui  se mettra en place  entre 2020/2030 au niveau mondial,  prévoient   une hausse progressive  entre 2016/2020  à 50/70 dollars.  En cas d’une faible reprise notamment de la Chine et des pays émergents le cours fluctuerait entre 50/60 dollars ;  en cas d’une non reprise de la croissance, le cours serait inférieur à   40/45 dollars et peut être moins. D’où la prise de conscience  de la majorité de pays pétroliers, bien plus importants que l’Algérie, d’une volonté politique de préparer l’après hydrocarbures. Ainsi,  l’Arabie saoudite a annoncé le 25 avril 2016  son intention de vendre en Bourse moins de 5% du géant pétrolier Aramco et de se doter d’un fonds souverain de 2.000 milliards de dollars, le plus grand du monde, dans le cadre d’un vaste plan de transformation de son économie.

 

1.-Rappel des données de 2015 sur le commerce extérieur de l’Algérie

 

Selon les statistiques douanières, l’Algérie pour 2015 accuse un déficit de 13,7 milliards de dollars US (mds US) en 2015 en raison de la baisse des cours des hydrocarbures et le taux de couverture des importations par les exportations s’est réduit de 73% contre 107% en 2014. Bien que son excédent commercial vis-à-vis de l’UE diminue en 2015, de -95,7% à 457 MUSD en glissement annuel en 2014 de 14,8% à 10,7 milliards de dollars US , avec des flux de 51,1 Mds USD (-27,0% par rapport à 2014), l’UE demeure le premier partenaire commercial de l’Algérie avec une baisse de -36,1%, passant de 40,4 Mds USD à 25,8 Mds USD (soit 68,3% du total des exportations algériennes, contre 64,2% en 2014). Les importations algériennes en provenance de l’UE sont passées de -14,6%, passant de 29,7 Mds USD à 25,3 Mds USD (soit 49,2% du total des importations de l’Algérie). Mais le déficit concerne également l’Asie qui en 2015 est le deuxième partenaire de l’Algérie, avec des échanges commerciaux qui se sont établis à 14,4 Mds USD (- 18,6% en glissement annuel). Selon les statistiques officielles, elle couvre 23,0% des importations alors qu’elle n’absorbe que 6,8% de ses exportations, avec un déficit commercial vis-à-vis de cette région, -9,3 Mds USD, en augmentation de 22,6% par rapport à 2014, où le déficit n’était que de 7,6 Mds USD, en raison du déséquilibre de ses relations notamment avec la avec la Chine. Les échanges entre les pays du Maghreb représentent moins de 3% de leurs échanges globaux et les échanges avec les pays arabes (UMA comprise) ne représentent que 4,8 Mds USD, en baisse de -24,8% par rapport à 2014, soit 5,0% des importations algériennes et 5,9% de ses exportations. Les relations commerciales entre l’Algérie et les pays d’Afrique subsaharienne sont en baisse -19,6% à 442 MUSD, soient 0,7% des importations de l’Algérie et 0,2% de ses exportations. L’Espagne en 2015 est le premier client de l’Algérie, malgré une baisse de 31,2% du montant de ses importations, à 6,6 Mds USD, et l’Italie le deuxième, avec 6,2 Mds USD d’importations, en baisse de 25,6% par rapport à 2014. La France est le troisième client de l’Algérie, avec un montant de ses importations à 4,9 Mds USD (en baisse de 29,2%). Globalement, on observe une concentration de la demande adressée à l’Algérie : ses trois premiers clients représentent 46,7% du total de ses exportations en 2015 alors qu’ils ne représentaient que 39,4% du total en 2014. La France, pour la troisième année consécutive est le deuxième fournisseur de l’Algérie, derrière la Chine. Les exportations algériennes à destination de la France ont été de 6,744 milliards de dollars et les importations de 6,342 milliards de dollars. Les échanges pour 2014 entre l’Algérie et la France sont en valeur de 13,086 milliards de dollars. Pour 2015 la France détient 10,5% de parts de marché, pour un montant de 5,4 Mds USD, la Chine pour 8,2 Mds USD, avec 16,0% du marché ; l’Italie est à la troisième place avec 4,8 Mds USD et 3,9 Mds US pour les importations d’Espagne. La France reste pourtant le premier investisseur hors hydrocarbures en Algérie avec un stock d’IDE estimé par l’ambassade de France à Alger à plus de 2,2 milliards de dollars. En retour, les importations françaises se composent à 95% d’hydrocarbures. Pour le premier trimestre 2016, selon les statistiques douanières les  cinq premiers clients de l’Algérie, au premier trimestre 2016, sont l’Italie avec 1,505 md usd (25,45% des exportations globales algériennes, suivie de la France avec 879 millions usd (14,86%), de l’Espagne avec 810 millions usd (13,7%), de la Turquie avec 328 millions usd (5,55%) et du Canada avec 278 millions usd (4,7%). Quant aux principaux fournisseurs de l’Algérie, la Chine est encore venue en tête avec 2,109 mds usd (18,3% des importations globales au premier trimestre), suivie de la France avec 1,363 md usd (11,82%), de l’Italie avec 1,09 md usd (9,45%), de l’Espagne avec 842 millions usd (7,3%) et de l’Allemagne avec 670 millions usd (5,81%

 

2.- Prévisions inquiétantes du FMI et  des données officielles pour le premier trimestre 2016

 

Selon les prévisions du FMI publiées lundi dans son rapport sur les perspectives de croissance dans la région Moyen Orient-Afrique du Nord-Afghanistan-Pakistan (MOANAP),  le Produit intérieur brut nominal de l’Algérie (PIB) devrait s’établir à 166 milliards de dollars (mds usd) en 2016 contre 172,3 mds usd en 2015 avec une croissance du taux de chômage. En 2016, les exportations devraient enregistrer une baisse à 27,7 mds usd contre 38,4 mds usd en 2015, mais devraient progresser en 2017 à 32,3 mds usd. Pour avoir un équilibre budgétaire toujours selon le FMI ,   l’Algérie aura besoin, en 2016, d’un prix de pétrole de 87,6 dollars/baril contre 109,8 dollars/baril en 2015. Le déficit budgétaire devrait s’élever à 15% du PIB en 2016 (contre 15,9% en 2015) et pourrait se réduire à 11,8% en 2017. Les  importations en 2016 sont estimées  à 57,5 mds usd contre 63,7 mds usd en 2015, et devrait atteindre  en 2017 à 61,3 mds usd existant donc une contradiction puisque le FMI qui souligne  une réduction du déficit budgétaire.  Le déficit de la balance des comptes courants atteindra -28,3 mds usd en 2016 contre -27 mds usd en 2015.  Et – 28,2 mds usd en 2017.  Les réserves officielles de l’Algérie devraient reculer sous l’effet de la chute des prix de pétrole à 113,3 mds usd en 2016 en couvrant 22,2 mois d’importations, contre 142,6 mds usd en 2015 et poursuivront leur contraction à 92,3 mds usd en 2017. L’Algérie a besoin de remettre de l’ordre  dans ses statistiques, outil de prévision par  excellence pour le gouvernement, car le FMI ou la Banque mondiale reprennent souvent  les données gouvernementales, notamment celles de la banque d‘Algérie. En effet, ces données ne corroborent pas  les dernières données du Centre national des statistiques des Douanes (Cnis). En effet, le déficit commercial  de l’Algérie a atteint 5,616 milliards de dollars US durant le premier trimestre 2016 contre 3,464 milliards de dollars US pour la même période 2015 du fait  de   la baisse des cours du brut de plus de 70 %,le prix de cession du gaz représentant 33% environ des recettes de Sonatrach étant indexé sur celui du pétrole.   Les exportations ont  baissé à 5,914 mds usd durant les trois premiers mois de 2016 contre 9,8 mds usd durant la même période de 2015, en recul de 39,65%. Les importations malgré toutes les restrictions annoncées par le gouvernement  se chiffrent    à 11,53 mds usd contre 13,264 mds usd pour la même période 2015 et  le taux de couverture des importations par les exportations a été de 51% durant le premier trimestre de l’année 2016 contre 74% à la même période de 2015. Et sur les 11,53 mds usd d’importations enregistrées, un montant de 6,64 mds usd a été payé par cash (57,55% des importations), une légère baisse  de 14,01%  par rapport au premier trimestre 2015.  Les hydrocarbures constituent l’essentiel des exportations durant le premier trimestre 2015  avec 93,19%  avec un montant de 5,511 mds usd  contre 9,142 mds usd à la même période de 2015 (-39,72%). Mais les exportations hors hydrocarbures, représentant   6,81% du montant global des exportations, ont diminué à 403 millions usd, en baisse de 38,75% étant composés  des demi-produits avec 316 millions us, l’essentiel plus de 70%  étant des dérivées d’hydrocarbures, les  biens alimentaires avec un montant dérisoire  de 66 millions usd,  les biens d’équipement industriels avec 6 millions usd.

 

En résumé, le FMI doit nous fournir sa base de données et  les statistiques douanières doivent donc nous préciser si ces données concernent la balance commerciale ou la balance  de paiement, seul document  qui reflète la situation financière du pays  incluant  les services  et les transferts légaux  de capitaux.  Ainsi,  si on part de l’hypothèse du même rythme des importations et exportations de marchandises  durant les trois derniers trimestres restants  et si on inclut les services qui fluctue de 2010/2014 entre 10/12 milliards de dollars et les transferts légaux de capitaux des firmes étrangères ente 4/6 milliards de dollars, le déficit de la balance commerciale  étant extrapolé pour 2016 à 22 milliards de dollars  en 2016, le déficit global fluctuerait entre 36 et 40 milliards de dollars. Au rythme actuel, les réserves de change  étant de 143 milliards de dollars au 01 janvier 2016  pourraient clôturer entre 107 et 103  milliards  de dollars fin 2016  et pourraient s’épuiser entre 2018/2019. Par ailleurs avec le fort déficit budgétaire prévu dans la loi de finances 2016 , le risque est l’épuisement du fonds de régulation des recettes courant 2017.  En bref, l’Algérie a besoin nouvelle politique économique supposant non de Lois bureaucratiques  mais de s’attaquer au fonctionnement réel de la société,  passant par  des réformes structurelles dans le cadre des valeurs internationales, si elle veut éviter le retour au FMI.

(*)Dr Abderrahmane MEBTOUL, Professeur des Universités et expert international [email protected]

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