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Présidentielles 2014

Le collectif « contre un 4e mandat pour Bouteflika » et une 3e épreuve de force avec la police à Alger

Par Yacine Temlali
mars 6, 2014
Le collectif « contre un 4e mandat pour Bouteflika » et une 3e épreuve de force avec la police à Alger

[caption id="attachment_1358" align="alignnone" width=""]Le rassemblement s'est tenu malgré l'occupation de la place Audin par la police dès le matin (ph.: Walid Boudoukha).[/caption]

Le quadrillage de la place Audin dès les premières heures du matin n’a pas empêché le rassemblement de Barakat « contre le 4e mandat ». La police a procédé à plusieurs interpellations sous les quolibets de la foule.

 



Tôt dans la matinée d’aujourd’hui, un impressionnant dispositif policier était déjà déployé autour de la place Audin et, au-delà, aux abords de la Faculté centrale. Les forces de police anticipaient sur un rassemblement opposé à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à 4e mandat organisé à l’initiative de « Barakat (Ça suffit !), un collectif né il y a quelques jours et qui a déjà organisé deux autres rassemblements.

Cette forte présence policière n’pas dissuadé les manifestants de rejoindre le centre-ville. Vers 11 heures les premiers manifestants commencent à arriver ; ils sont aussitôt encerclés par le dispositif policier. Aussitôt scandés les premiers slogans, les premiers manifestants sont violemment interpellés et emmenés dans les fourgons cellulaires. La violence des interpellations suscite l’indignation de la foule qui hue les policiers.

Des journalistes figurent parmi les personnes interpellées. Des reporters photographes, venus couvrir la marche pacifique, sont malmenés. A hauteur de la faculté centrale, notre confrère Mustapha Benfodil, brandissant une banderole dénonçant le « quatrième mandat », est « cueilli » par les policiers, tout comme le journaliste indépendant Hafnaoui Ghoul. Les manifestants embarqués sans ménagement continuent à manifester leur colère en tapant des mains contre les parois des fourgons qui fendent la foule en direction d’un des commissariats de la capitale.

Beaucoup de badauds expriment leur sympathie aux manifestants. L’un d’eux s’accroche avec un policier qui l’a bousculé violemment le sommant de quitter les lieux. L’homme en bleu perd son sang-froid et s’en est prend à ce jeune qui insiste pour dire qu’il n’est pas venu manifester mais « régler une affaire personnelle ». Des caméramans qui filment la scène sont réprimandés par un autre policier : « Vous ne devez pas filmer ça ! »

 

[caption id="attachment_1359" align="alignnone" width=""]Les manifestants appelant les étudiants de la Faculté centrale à les rejoindre (ph.: Walid Boudoukha).[/caption]

 

La foule, toujours aussi compacte, avance malgré l’acharnement des policiers. Une manifestante asthmatique qui a perdu sa sœur dans les violences des années 1990, est sur le point de s’évanouir, ce qui n’empêche pas une policière de vouloir l’interpeller. Sous la pression de la foule et voyant son état, elle se contente de la maîtriser. Dans un geste surprenant, la manifestante l’étreint et elle se laisse faire avant de se ressaisir rapidement.

Des manifestants tentent de pénétrer dans l’enceinte de la faculté centrale. Ils veulent mobiliser les étudiants restés derrières le portail métallique. Une enseignante venue de Béjaia dénonce l’interpellation musclée de ses camarades : « Barkat ! khallouhoum yehadrou !!! keteltouna (ça suffit ! laissez-les s’exprimer, vous nous avez tués !) Elle est vite embarquée. Quelques instants avant, elle nous a confié qu’elle ne pouvait plus continuer à manifester avec la même vigueur qu’il y a quelques années. Un vieil homme affirme : « J’ai vécu la Guerre de libération nationale et j’ai vu le sang des Algériens couler à flots. Aujourd’hui, j’ai peur que nos dirigeants si cela continue ainsi ! ».