M A G H R E B

E M E R G E N T

Présidentielles 2014

Le patronat algérien, embarrassé, attend la candidature de Bouteflika pour le soutenir

Par Yazid Ferhat
février 12, 2014
Le patronat algérien, embarrassé, attend la candidature de Bouteflika pour le soutenir

 [caption id="attachment_979" align="alignnone" width=""]Réda Hamiani, président du FCE, lors de son passage sur Radio M[/caption]

Le patronat algérien, traditionnellement dans la ligne du pouvoir, ne veut pas se précipiter pour annoncer son soutien au président Abdelaziz Bouteflika pour un quatrième mandat. Mais si celui-ci décide de rempiler, le choix des milieux d’affaires ne fait guère de doute.

 

Embarrassé par l’élection présidentielle, le patronat algérien a préféré botter en touche, lundi, en attendant que l’idée d’un quatrième mandat en faveur du président Abdelaziz Bouteflika soit tranchée. Mais l’organisation patronale la plus en vue, le Forum des Chefs d’entreprise, n’a pas caché sa préférence pour le président Bouteflika, déjà plébiscité par le monde des affaires à trois reprises.

Le FCE devait tenir une assemblée générale lundi pour se prononcer sur un éventuel soutien au président Bouteflika. La réunion n’a pu se tenir faute de quorum, une raison très commode pour éviter de se prononcer sur une question gênante. Fortement sollicités pour se prononcer pour ou contre le quatrième mandat, alors que le président Bouteflika n’a pas encore publiquement annoncé ses intentions, des chefs d’entreprises ont exprimé leur soulagement après ce report. Des membres du FCE avaient délibérément évité d’aller à la réunion, soit parce qu’ils ne voulaient pas se prononcer pour un candidat contre un autre, selon M. Hamiani, président du FCE, soit parce que les choses restent incertaines.

La pression sur le patronat est apparue lorsque des journaux et des sites Internet ont attribué aux organisations patronales des positions de soutien au président Bouteflika, alors que celles-ci ne s’étaient pas encore prononcées. Le patron du FCE a d’ailleurs justifié la tenue de cette assemblée générale par la nécessité d’éviter ces « fuites ».

 « Accompagner » les autorités

M. Hamiani a toutefois rappelé qu’une autre réunion sera organisée dans les quinze jours, le 26 février, et qu’elle devra trancher sur la position du FCE quel que soit le nombre des présents. D’ici là, les milieux d’affaires espèrent que les choses se seront décantées. Le patronat soutient traditionnellement le candidat du pouvoir, s’alignant sur des partis comme le FLN et le RND, le syndicat UGTA et certaines organisations professionnelles.

Une réunion tripartite entre le gouvernement, la centrale syndicale UGTA et le patronat doit avoir lieu avant la fin février. Elle devrait, de nouveau, consacrer cette alliance traditionnelle. « Le patronat ne veut pas brûler ses cartes. Il souhaite attendre pour mieux négocier son soutien », a déclaré à Maghreb Emergent un économiste. « Mais le choix du patronat ne fait guère de doute : si le président Bouteflika se présente, le patronat le soutiendra », dit-il.

Invité de Radio M il y a un mois, M. Rédha Hamiani avait affirmé que « la politique économique du président Bouteflika convient » au patronat. Auparavant l’homme d’affaires Issad Rebrab, première fortune d’Algérie, avait déclaré, toujours sur Radio M, que les hommes d’affaires ne peuvent aller à l’encontre de la politique du gouvernement. Ils doivent « l’accompagner », avait-il dit.

Hésitations de pure forme

M. Hamiani a d’ailleurs clairement laissé entendre que le FCE s’oriente vers un soutien au président Bouteflika. Sans être tranché, il avait déclaré à Maghreb Emergent que son organisation « préférait attendre » que le président Bouteflika se prononce, « quitte à l’inviter » à le faire, suivant en cela les nombreuses organisations de la société civile  qui ont déjà opté pour cette formule.

A l’exception de quelques questions qui « relèvent du dogme », comme le 51/49, le patronat approuve largement la politique économique du gouvernement de Abdelmalek Sellal, plus conciliant que son prédécesseur Ahmed Ouyahia. Les milieux d’affaires se plaignent toutefois des difficultés à appliquer les décisions du gouvernement. Jouant la stabilité, ils refusent cependant de franchir le pas pour soutenir un candidat qui menacerait les règles du jeu actuelles. Le FCE a annoncé qu’il allait étudier les programmes de différents candidats et à la présidentielle et les rencontrer, mais cela risque de se limiter à des rencontres de pure forme.