Les appels à la libération du journaliste Ihsane El Kadi se multiplient - Maghreb Emergent

Les appels à la libération du journaliste Ihsane El Kadi se multiplient

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A mesure que le verdict du procès du journaliste Ihsane El Kadi, directeur du pôle éditorial de « Radio M » et « Maghreb Emergent », approche, les appels à sa libération se multiplient à travers le monde.

Après RSF et Amnesty International, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains (FIDH-OMCT), EuroMed Droits et MENA Rights Group appellent les autorités algériennes à « mettre fin à son harcèlement judiciaire » et à le « libérer immédiatement ».  

Poursuivi sur la base des articles 95 et 95 bis du code pénal pour « réception de fonds à des fins de propagande » et «réception de fonds et d’avantages à l’intérieur et à l’extérieur du pays afin d’accomplir des actes susceptibles de porter atteinte à la stabilité et à la sécurité de l’État, au fonctionnement normal de ses institutions, à l’ordre public […]”, Ihsane El Kadi, jugé le 26 mars dernier, risque jusqu’à sept ans de prison.

Le procureur avait requis contre lui 5 ans de prison, assorti d’une amende de 70000da et une interdiction d’exercice de la fonction durant 5 ans. Le représentant du ministère public a requis également la confiscation des moyens et biens de la société Interface Médias, éditrice de « Radio M » et « Maghreb Emergent », utilisés dans l’activité audiovisuelle.

« Ihsane El Kadi est membre fondateur et directeur du pôle éditorial de la web radio Radio M et du site d’informations en ligne Maghreb Emergent, deux médias indépendants. Fervent défenseur du droit à la liberté d’expression en Algérie et dans les pays du Maghreb, il a exprimé à plusieurs reprises son soutien au mouvement pacifiste pro démocratie Hirak, et a été condamné par le passé pour avoir exprimé ses opinions critiques envers le régime », rappellent les ONG dans un communiqué publié sur le site de la FIDH (fédération internationale pour les droits humains).

« Ihsane El Kadi a été placé en détention le 24 décembre 2022. Les locaux de l’agence Interface Médias, société éditrice des deux médias indépendants, ont été mis sous scellés le lendemain, en dehors de toute procédure judiciaire. Après des années d’intimidation et de poursuites systématiques des journalistes y travaillant, cette mise sous scellés a eu lieu avant même qu’une enquête ne soit officiellement ouverte. Suite à son arrestation, Ihsane El Kadi a été directement visé par le Président algérien Abdelmadjid Tebboune. Ce dernier l’a accusé sur les antennes de la télévision publique d’être un « khabardji » (expression populaire infamante de la langue algérienne désignant un « informateur » ou un « mouchard » collaborant avec l’ennemi). Cette accusation, qui ne figure pas dans son dossier d’instruction, est une ingérence inacceptable du chef de l’exécutif dans le fonctionnement de la justice, constitutionnellement indépendante, et une atteinte inadmissible à l’impartialité des juges », estime le texte.

IRREGULARITES

Dépêché par l’Observatoire, lors du procès, un observateur a pu confirmer les « atteintes aux droits » d’Ihsane El Kadi, ainsi que l’ « instrumentalisation politique d’une justice à la solde des autorités en place », note le communiqué avant d’égrener toutes les violations ayant entaché son dossier depuis son arrestation le 23 décembre dernier.

« Au cours de cette audience, l’observateur a pu constater que, malgré la présence de M. El Kadi au sein de la salle d’audience, celui-ci n’a pas disposé du temps nécessaire afin de s’exprimer sur son dossier. Lors de la première audience du 12 mars 2023, le tribunal avait décidé de tenir le procès en visioconférence sans en informer au préalable ni le prévenu, ni ses avocats, qui ont refusé cette modalité et ont demandé le report de l’audience afin qu’il puisse y assister en personne. Le juge a finalement ordonné le report du procès au 26 mars, sans donner suite aux prétentions de la défense mais en invoquant l’absence de plusieurs témoins et du représentant de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV), qui s’est constituée partie civile contre la société éditrice de Radio M et Maghreb Emergent alors que les deux médias incriminés ne dépendent pas légalement de cette instance. De nombreuses autres irrégularités ont été constatées par les avocats de la défense tout au long de la procédure », souligne le communiqué.

Pour le vice-président de la FIDH, Aissa Rahmoune, cité dans le communiqué, « le calvaire vécu par Ihsane El Khadi, son harcèlement par les autorités algériennes, les tentatives d’intimidations, ne montrent qu’une seule chose : le régime algérien est acculé et paniqué. Empêtré dans une descente autoritaire ».

« Les régimes qui ont recours à la répression sont des régimes faibles et finissants. », a-t-il dit.

Le verdict est prévu dimanche 02 avril.

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