Cette présente analyse reproduit la conférence du professeur Abderrahmane MEBTOUL expert international, président du conseil national des privatisations 1996/1999. Conférence organisée par le Cercle algérien pour la prospérité (CAP-2054).

PREMIERE PARTIE

L’environnement international, la situation sociopolitique et socio-économiques facteurs déterminants pour les investisseurs

  1. Il faut dire la vérité, rien que la vérité, en privilégiant les intérêts supérieurs du pays, au-delà des personnes, la démagogie et les discours populistes, pour préserver des intérêts de rente, auxquels la population algérienne est allergique, pouvant conduire le pays à une déflagration économique et sociale. Oui les véritables réformes structurelles économiques n’ont pas commencé, contrairement à certains discours mais soyons réaliste, on ne peut en une année après une léthargie de plusieurs décennies redresser le bateau Algérie où uniquement pour la période 2000/2019, les recettes ont devises ont dépassé les 1000 milliards de dollars avec une sortie de devises en biens et services de plus de 935 milliards de dollars avec un taux de croissance dérisoire qui a fluctué entre 2/3% alors qu’il aurait du être de 9/10%. Oui, la situation socioéconomique est préoccupante à l’instar de bon nombre de pays dans le monde du fait de la crise actuelle. Face à la crise actuelle qui se traduira par de parfonds bouleversements géostratégiques, économiques, sociaux culturels et sécuritaires, l’Algérie ne peut naviguer à vue au gré de la conjoncture. Dans ce cadre, le dernier rapport du programme de relance économique 2020/2024 établi par le département de prospective du premier ministère, doit définir avec exactitude les hypothèses de ses prévisions, chiffrées et datées selon le couple objectifs- réalisations /moyens humains et financiers avec plusieurs scénarios dont bon nombre de variables et paramètres sont exogènes. Afin de voir si la réduction des importations de 10 milliards de dollars et la réalisation d’au moins 5 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures en 2021 est réalisable face à la détérioration des indicateurs économiques et sociaux, produit tant de erreurs des politique économique du passé l que de l’épidémie du coronavirus qui impacte toute l’économie mondiale . Ce plan que j’ai étudié avec attention doit être amélioré pour être véritablement opérationnel devant avoir un bilan sans complaisance devant tenir compte des mutations tant internes que mondiales , ni sinistrose, ni autosatisfaction, afin de pouvoir tracer les perspectives du redressement national. Le président de la république lui-même a mis en relief les contradictions dues à l’effritement du système d’information où sans une bonne information aucune prévision n’est possible et encore moins le plan de relance 200/2024 proposé récemment par le gouvernement. Qui pour son opérationnalité doit reposer sur six piliers : premièrement, sur une démarche méthodologique, existant un théorème universel,80 pour cent d’objectifs mal ciblés ont un impact seulement de 20 pour cent avec un gaspillage des ressources rares, mais 20 pour cent d’actions bien ciblées ont un impact sur l’activité économique et sociale de 80 pour cent. Pour paraphraser les experts militaires, il faut que les tactiques s’insèrent dans le cadre d’un objectif stratégique d’optimisation du bien être de l’Algérie. Toute analyse opérationnelle doit partir du général, de l’évolution de l’économie mondiale , au niveau interne du cadre macroéconomique et macro social, puis aux réseaux intermédiaires et enfin au niveau micro économique des collectivités locales et aux projets fiables dans le cadre des avantages comparatifs, ne pouvant pas tout produire ; deuxièmement, tout plan opérationnel doit s’inscrire dans le cadre d’une vision stratégique tant des mutations internes qui internationales, en étant réaliste les hydrocarbures traditionnels resteront encore pour 5 à 10 ans la principale ressource en devises du pays sous réserve de la mise en place de nouvelles filières concurrentielles ; troisièmement sur un diagnostic serein de la situation socio-économique et sur une nouvelle gouvernance nationale et locale avec plus de décentralisation et non déconcentration ; quatrièmement sur de nouvelles organisations plus crédibles que les anciennes à travers des réseaux, loin de l’ancienne organisation hiérarchique rigide, impliquant les élus locaux et la société civile, entrepreneurs publics, privés, banques, universités, centre de recherche, associations, cinquièmement, sur une bonne communication , le président de la république lui-même ayant mis en relief les contradictions dues à l’effritement du système d’information où sans une bonne information aucune prévision n’est possible. Certains responsables vivant dans une autre époque ne savent pas communiquer alors qu’ il est impérieux de préparer l’opinion médiatiquement et organiquement à l’esprit des réformes qui seront douloureuses mais porteuses d’espoir à moyen terme en utilisant les médias lourds- débats- pièces de théâtre, cinémas- du fait de la tradition orale de l’Algérien Les actions et les déclarations doivent être inventoriées, sans tomber dans le piège de l’autosatisfaction et du dénigrement, ni tomber dans le populisme médiatique qui serait alors contre productif ; sixièmement, la levée des obstacles d’environnement à la mise en œuvre d’affaires . Fondement du système rentier, le plus grand obstacle à l’investissement productif enfantant à la fois la sphère informelle et la corruption est la bureaucratie au sens négatif du terme, non comme l’entendait Max Weber au service de la société, expliquant par exemple les obstacles à la numérisation que l’avis proposé en 1983 en tant que directeur général des études économiques à la cour des comptes ayant été chargé du dossier des surestaries, proposition qui n’a jamais vu le jour au niveau des douanes car s’attaquant à de puissants intérêts . Sur le plan du système financier, il est fondamental de promouvoir l’adaptation du système bancaire et de la fiscalité. La mise à niveau du système bancaire est un des axes majeur car c’est au sein de cette sphère que les rythmes de croissance seront arbitrés à titre principal. L’objectif à viser, est d’aboutir à un système bancaire affranchi des ingérences, plus efficient et plus en harmonie avec les exigences d’une intermédiation financière performante et orientée vers l’économie de marché de capitaux. Jusqu’ici, la situation financière des banques publiques a constitué une contrainte qui a inhibé toute velléité de restructuration. Pour ce qui est du système fiscal, celui-ci doit être plus incitatif tout en autorisant une grande rigueur dans son application en vue de la lutte contre l’évasion fiscale par la mise en place d’un système d’information et de communication plus moderne et moins sujet à interprétation. Il est également proposé d’améliorer la lisibilité de la politique générale de l’Etat par référence notamment à une nouvelle loi cadre de planification budgétaire et de simplifier et regrouper dans un cadre plus cohérent, l’organisation institutionnelle chargée d’exécuter une politique désormais plus claire de libéralisation de l’économie et pourquoi pas un grand Ministère de l’Economie scindé en plusieurs Secrétariats d’Etat techniques.

2.- L’économie algérienne est une économie rentière exportant 98% d’hydrocarbures à l’état brut ou semi brut avec les dérivées et important 75/85% des besoins des entreprises, dont le taux d’intégration, privé et public ne dépasse pas 15% . Environ 83% du tissu économique étant représenté par le commerce et les services de très faibles dimensions, le taux de croissance officiel hors hydrocarbures étant artificiel, 80% du PIB via la dépense publique l’étant grâce aux hydrocarbures. Selon les données officielles, plus de 90% des entreprises privées algériennes sont de types familiaux sans aucun management stratégique, et que 85% d’entreprises publiques et privées ne maîtrisent pas les nouvelles technologies et la majorité des segments privés et publics vivent grâce aux marchés publics octroyés par l’Etat. Par ailleurs l’économie est dominée par la sphère informelle employant plus de 45/50% du PIB hors hydrocarbures, s’étendant en période de crise, drainant 33% de la masse monétaire en circulation elle même liée à la logique rentière. Aussi, il faut être réaliste la situation économique en ce mois de janvier 2021 implique un sursaut national. L’annonce des 250 milliards de dollars consacrés aux entreprises publiques durant les 25 dernières années , annoncé par le ministère délégué à la prospective le 02 janvier 2021 doit préciser durant cette période : la ventilation par entreprises, l’évolution de la création de valeur ajoutée, les effectifs, la partie investissement et la partie assainissements en dinars en devises et les solutions concrètes soit de liquidation ou de restructuration afin de faire face tant à la situation socio-économique interne qu’ à l’adaptation aux nouvelles mutations mondiales. En 2020, excepté le secteur agricole qui a connu un réel dynamisme pour certains produits agricoles, mais toujours dépendant de certains inputs et pour l’importation du blé , le taux de croissance du produit intérieur brut PIB algérien dépend fondamentalement via la dépense publique de l’évolution du cours des hydrocarbures qui détermine à la fois le taux d’emploi et les réserves de change. Pour l’Algérie ,selon le FMI dans son rapport du 14 avril 2020, le produit intérieur brut réel (PIB) devrait se contracter de 5,2% durant l’année 2020, le rapport de décembre 2020 donnant un taux négatif de 6,5% et suite à cette baisse PIB réel devrait se redresser en 2021 à ¾%, taux calculé en référence à l’années 2020 ( taux de croissance négatif) donnant globalement, à taux constant, un taux de croissance entre 0 et 1% termes réel , ce taux étant inférieur au taux de pression démographique.. Actuellement ,du fait que les recettes de Sonatrach sont passées de 34 milliards de dollars en 2019 à une prévision de 20/21 milliards de dollars fin 2020, la cotation du cours du pétrole étant le 07 janvier 2020 à ,54,23 dollars le Brent et 50,59 le Wit mais avec un dollar déprécie coté à 1,2254 un euro, du fait d’une légère reprise de l’économie mondiale, de la baisse des stocks américains, de la récente décision de l’OPEP mais qui ne représente que 33% de la commercialisation mondiale, et de la faiblesse du dollar , cotation au 07 janvier 2021, 1, 2256 un euro où en cas d’un cours à 1,10 dollar un euro, le Brent serait en dessous den 50 dollars) . Il ne faut pas oublier que 33 pour cent les recettes de Sonatrach proviennent du gaz naturel dont le cours a chuté de près de 70% étant coté le 07 janvier 2020 à 2,587 dollars le MBTU contre 8/10 dollars en 2010, Le déficit budgétaire selon le PLF2021, serait de 21,75 milliards de dollars en 2021 au cours de 128 dinars un dollar, cotation au moment de l’élaboration de cette loi, contre à la clôture 2020 de 18,60 milliards de dollars et un déficit global du trésor prévu de 28,26 milliards de dollars. Pour faire face aux tensions financières, vision purement monétariste, source d’inflation en cas de non création de valeur ajoutée, nous assistons à une dévaluation accélérée qui ne dit pas son nom de la cotation du dinar officiel du dinar où le 07 janvier 2021, un euro s’échange à 162,7211 dinars un euro et 132, 2076 un dollar. La dépréciation simultanée du dinar par rapport au dollar et l’euro a pour but essentiel de combler artificiellement le déficit budgétaire, non articulé à un véritable plan de relance économique et donc assimilable à un impôt indirect que supporteront les consommateurs algériens. Ainsi, le gouvernement actuel projetant pour 2023 environ 185 dinars un euro et 156 dinars pour un dollar et en prenant un écart seulement de 50%- à l’avenir l’écart pourrait atteindre 100% sinon plus du fait de la rigidité de l’offre , au niveau du marché parallèle, nous aurons environ 300 dinars un euro minimum en 2023 sous réserve de la maîtrise de l’inflation sinon l’écart serait plus important. Cette cotation du dinar est donc fortement corrélée au niveau de production et productivité et dans une économie rentière aux réserves de change qui ont évolué du 01 janvier 2014 à 194 milliards, les prévisions de la loi de finances complémentaire étant de 44,2 milliards de dollars.. L’annonce du Ministre des finances d’une réduction des importations de 8 milliards de dollars en 2020 ne relèvent pas d’une bonne gestion mais de la réduction drastique des importations qui ont paralysé bon nombre de secteurs. C’est comme dans un ménage où la réduction de la nourriture entraine des maladies sur le corps social. L’Algérie ne peut continuer à fonctionner sur la base d’un cours supérieur à 100 dollars le baril entre 2020/2021, selon le FMI le cours budgétaire inscrit dans les différentes lois de finances 30 à 40 dollars étant un artifice comptable, le prix d’équilibre était estimé de 104,6 dollars en 2019, à 101,4 dollars en 2018 et à 91,4 en 2017.

3- Cette faiblesse du taux de croissance, où le budget d’équipement est en baisse dans le PLF2021 avec un accroissement démesuré du budget de fonctionnement, a un impact sur le cadre macro social où l’éradication des zones d’ombre, des populations isolées vivant encore à l’ère de l’époque coloniale, doit été une priorité nationale à la fois pour des raisons de justice sociale mais également en évitant les fameux programmes sociaux de wilayas ayant eu un impact limité, avec des surcouts exorbitants , donc économiques dans la mesure où toute création de richesses dépend d’entreprises innovantes. La population algérienne est passée de 12 millions en 1965, à 44,6 au 01 janvier 2020, il faudra créer non par décrets vision administrative mais favoriser les entreprises créatrices de richesses en levant toutes les contraintes d’environnement, dont la bureaucratie , la léthargie du système financier, le foncier ,l’adaptation du système socio-éducatif, entre 350.000/400.000 emplois par an qui s ‘ajoute aux taux de chômage actuel, difficile à réaliser. Le FMI estime le taux de chômage à 15, 5% pour 2020 et pour les organisations patronale le gouvernement n’a pas encore mis en place les plans de sauvetage promis, sans compter qu’environ 40/45% de la population active, soit 5/6 millions sont sans protection sociale. . Mais malgré toutes ces tensions budgétaires, le gouvernement a maintenu les transferts sociaux budgétisés, comme acte de solidarité nationale quasiment inchangés par rapport à 2019, s’établissant environ 14 milliards de dollars, soit 8,4% du PIB, et plus de 21% de la totalité du budget de l’Etat . Or, la Caisse Nationale des Retraites (CNR), qui a connu, depuis 2014, un déficit qui ne cesse de s’accroitre en passant de 1,2 milliard de dollars en 2014 à 5,2 milliards de dollars en 2019, lequel atteindrait les 5,3 milliards DA en 2020, le nombre de retraités s’élevant fin 2019 à 3,2 millions. Ces transferts sont intenables sans actions ciblées pour les plus démunies.

DEUXIEME PARTIE

Les cinq conditions préalables au succès de la privatisation partielle via la Bourse d’Alger

  1. La privatisation ne peut intervenir avec succès que si elle s’insère dans le cadre d’une cohérence et visibilité de la politique socio- économique globale et que si elle s’accompagne d’un univers concurrentiel et un dialogue soutenu entre les partenaires sociaux. C’est un acte éminemment politique et non technique car déplaçant des segments de pouvoir d’où des résistances au changement des tenants de rente sous le slogan »bradage du patrimoine national ». La privatisation partielle ou totale doit répondre à de nombreux objectifs qui ne sont pas tous compatibles et qu’il convient de hiérarchiser dans la formulation d’un programme de privatisation pouvant varier et être adaptés en fonction du contexte international, social et économique interne et de l’activité ou de l’entreprise ce qui suppose la résolution de neuf contraintes qui doivent être levées afin d’éviter la méfiance des investisseurs sérieux , en premier lieu la corruption qui alourdit le cout des projets entre 20/30% sinon plus et éloigne les véritables investisseurs, 0, l’instabilité juridique perpétuelle, la rénovation de toutes les structures du ministère des finances à travers sa numérisation, fiscalité, domaine, banques, douane et mettre fin à une bureaucratie centrale et locale paralysante renvoyant à la refonte du système sociopolitique L’on ne doit pas confondre privatisation et démonopolisation complémentaire, tous deux, processus éminemment politique, allant vers le désengagement de l’Etat de la sphère économique afin qu’il se consacre à son rôle de régulateur stratégique en économie de marché. La privatisation est un transfert de propriété d’unités existantes vers le secteur privé et la démonopolisation consiste à favoriser l’investissement privé nouveau. L’objectif de la démonopolisation et celui de la privatisation doivent renforcer la mutation systémique de la transition d’une économie administrée vers une économie de marché concurrentielle. . Le premier objectif d’une bonne privatisation est son impact sur la réduction du déficit budgétaire. En effet l’expérience de ces dernières décennies , plusieurs dizaines de milliards de dollars ont été consacrés à l’assainissement des entreprises publiques entre 1991/2020 dont plus de 80% sont revenues à la case de départ, montant de quoi créer tut un nouveau tissu productif et des millions d’emplis productifs. La majorité des entreprises publiques ont un actif net inférieur au quart de leur capital social et une trésorerie inférieure à un mois de leur chiffre d’affaires avec un endettement croissant auprès des banques publiques malades de leurs clients. Le deuxième objectif est la dynamisation des exportations hors hydrocarbures et de contribuer à l’instauration d’une économie de marché concurrentielle loin de tout monopole qu’il soit public ou privé. Il n’existe pas d’économie de marché à l’algérienne mais des spécificités sociales avec des règles universelles, la domination de la propriété privée des moyens de production. La gestion des entreprises publiques sont rigides par définition, malgré souvent la bonne volonté des gestionnaires soumis à des interférences administratives. La privatisation bien menée peut être le moteur de la croissance de l’économie nationale car favorisant l’émergence de structures concurrentielles. Il appartiendra à l’Etat régulateur, garant de la cohésion sociale à laquelle je suis profondément attachée surtout en cette période de tensions budgétaires et internes et à nos frontières de faire respecter le contrat entre les employeurs et les salariés afin que la logique du profit ne porte atteinte à la dignité des travailleurs. Mais en n’oubliant jamais que la plus grande dévalorisation morale dans toute société et d’être un chômeur ou un assisté. L’important n’est pas de travailler chez le privé national, international ou chez l’Etat, l’important pour nos enfants est de trouver un emploi durable dans le cadre de la protection sociale.

2.- Les conditions de réussite suppose de lever neuf contraintes.

Premièrement, les filialisations non opérantes par le passé dont l’objectif était la sauvegarde du pouvoir bureaucratique. Or, c’est le fondement de la réussite tant de l’ouverture partielle du capital que d’une privatisation totale.
Deuxièmement, le patrimoine souvent non défini (absence de cadastre réactualisé) pose la problématique de l’inexistence des titres de propriété fiables sans lesquels aucun transfert de propriété ne peut se réaliser. Pour éviter la dilapidation du patrimoine, il y a lieu de différencier l’outil de production des biens immobiliers et terrain dont l’évaluation doit se faire au prix du marché en temps réel.
Troisièmement, des comptabilités défectueuses de la majorité des entreprises publiques et des banques, (la comptabilité analytique pour déterminer exactement les centres de couts par sections étant pratiquement inexistantes et les banques ne répondant pas aux normes internationales, rend difficile les évaluations d’où l’urgence de la réforme du plan comptable actuel inadapté. rendant encore plus aléatoire l’évaluation dans la mesure où le prix réel de cession varie considérablement d’année en année, voire de mois en mois , de jour en jour en bourse par rapport au seul critère valable , existant un marché mondial de la privatisation où la concurrence est vivace. Quatrièmement, la non-préparation de l’entreprise à la privatisation, certains cadres et travailleurs ayant appris la nouvelle dans la presse, ce qui a accru les tensions sociales. Or, la transparence est une condition fondamentale de l’adhésion tant de la population que des travailleurs à l’esprit des réformes liées d’ailleurs à une profonde démocratisation de la société.
Cinquièmement, la. non clarté pour la reprise des entreprises pour les cadres et ouvriers supposant la création d’une banque à risque pour les accompagner du fait qu’ils possèdent le savoir-faire technologique, organisationnel et commercial la base de toute unité fiable doit être constitué par un noyau dur de compétences.
Sixièmement, est la résolution des dettes et créances douteuses, les banques publiques croulant sous le poids de créances douteuses et la majorité des entreprises publiques étant en déficit structurel, endettés, surtout pour la partie libellée en devises sans un mécanisme transparent en cas de fluctuation du taux de change. Pour ce cas précis l’actuelle politique monétaire instable ne peut encourager ni l’investissement productif ni le processus de privatisation. Le PLF2021 fait les projections de 142 dinars pour un dollar en 2021, 149,71 dinars en 2022 et 156 dinars en 2023 ( environ 190 euros), contre 157 dinars le 06 décembre 2020 et 200 dinars sur le marché parallèle, donnant en tendance 250 euros sur le marché parallèle, sous réserve de la maitrise de l’inflation qui en cas de hausse entraine la hausse des taux d’intérêts des banques freinant l’investissement productif. Avec 98% des recettes en devises avec les dérivées provenant des hydrocarbures permettant des réserves de change quji tiennent la cotation à plus de 70%, si fin 2021, les réserves de change clôturent à 10/15 milliards de dollars, la banque d’Algérie devrait coter le dinar à environ 200 dinars et le cours sur le marché parallèle actuellement de 200 dinars un euro s’envolerait à plus de 250/300 dinars un euro. Dans ce cas, il est illusoire tant d’attirer l’épargne de l’émigration via les banques que l’on veut installer avec des couts en devises, que de capter le capital argent via la sphère informelle, les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques. Comment voulez-vous qu’un opérateur quelque soit sa tendance idéologique avec cette instabilité monétaire investit à long terme sachant que la valeur du dinar va chuter d’au moins 30% sinon plus dans deux à trois années.
Septièmement, les délais trop longs avec des chevauchements de différents organes institutionnels entre le moment de sélection de l’entreprise, les évaluations, les avis d’appel d’offres, le transfert, au Conseil des Participations, puis au Conseil des ministres et la délivrance du titre final de propriété ce qui risque de décourager tout repreneur, car en ce monde, les capitaux mobiles vont s’investir là où les obstacles économiques et politiques sont mineurs, le temps étant de l’argent.
Huitièmement, la synchronisation clairement définie permettrait d’éviter les longs circuits bureaucratiques et revoir les textes juridiques actuels contradictoires, surtout en ce qui concerne le régime de propriété privée, pouvant entraîner des conflits interminables d’où l’urgence de leur harmonisation par rapport au droit international. Les répartitions de compétences devront être précisées où il est nécessaire de déterminer qui a le pouvoir de demander l’engagement d’une opération de privatisation, de préparer la transaction, d’organiser la sélection de l’acquéreur, d’autoriser la conclusion de l’opération, de signer les accords pertinents et, enfin, de s’assurer de leur bonne exécution. Neuvièmement analyser lucidement les impacts de l’Accord d’Association de libre échange l’Europe, toujours en négociations pour un partenariat gagnant-gagnant, qui a des incidences économiques sur les institutions et les entreprises publiques et privées qui doivent répondre en termes de couts et qualité à la concurrence internationale.

3.-Qu’en est-il de la privatisation partielle via la bourse d’Alger

Cela rejoint les remarques précédentes de la privatisation en général, où dans en raison de la situation actuelle des banques et des entreprises publiques , il sera dextrement difficile d’opérer la privatisation partielle via la bourse d’Alger qui doit répondre à cinq conditions étant en léthargie depuis sa création, ayant construit un stade sans joueurs et, paradoxe, ayant introduit par injonctions administratives certaines entreprises publiques déficitaires, achetant des entreprises déficitaires.
Premièrement Il ne peut y avoir de bourse fiable sans un système productif performant concurrentiel, loin de tout monopole qu’il soit public ou privé, évitant les instabilités juridiques renvoyant à un État de droit. Nos responsables sont-ils conscients qu’existe un marché mondial de la privatisation, où la concurrence est vivace et où le facteur déterminant est la demande avec la prise en compte du goodwill (demande potentielle) et pas seulement l’offre, et qu’il faut éviter que certains prédateurs ne soient intéressés que par les actifs immobiliers et non pas par l’outil de production .
Deuxièmement, une bourse doit se fonder sur un système bancaire rénové. Or, le système financier algérien depuis des décennies est le lieu par excellence de la distribution de la rente des hydrocarbures, et un enjeu énorme de pouvoir. En effet, malgré le nombre d’opérateurs privés, nous avons une économie de nature publique avec une gestion administrée, la totalité des activités, quelles que soient leur nature, se nourrissant de flux budgétaires, de la capacité réelle du trésor. On peut considérer que les banques en Algérie opèrent non plus à partir d’une épargne puisée sur le marché, mais par les avances récurrentes (tirage : réescompte) auprès de la banque d’Algérie, les entreprises publiques en déficit structurel étant refinancées par le trésor public sous forme d’assainissement – et pas seulement pour la période récente, il faut compter aussi les coûts de la restructuration entre 1980/1990. Cette transformation n’est pas dans le champ de l’entreprise mais se déplace dans le champ institutionnel (répartition de la rente des hydrocarbures) et dans cette relation, le système financier algérien reste passif. Plus de 90 % de ces entreprises sont revenues à la case départ, montrant que ce n’est pas une question de capital argent, la richesse réelle supposant la transformation du stock de monnaie en stock de capital – et là est toute la problématique de développement.
Troisièmement, : il ne peut y avoir de bourse sans la résolution des titres de propriété qui doivent circuler librement, segmentés en actions ou obligations renvoyant d‘ailleurs à l’urgence de l’intégration de la sphère informelle par la délivrance de titres de propriété, comme il ne peut y avoir de bourse des valeurs fiables sans des comptabilités claires et transparentes calquées sur les normes internationales, par la généralisation des audits et de le comptabilité analytique afin de déterminer clairement les centres de coûts pour les actionnaires. Cela pose la problématique de la refonte du système comptable et de l’adaptation du système socio-éducatif, l’ingénierie financière étant presque inexistante dans le pays, malgré de nombreuses compétences, le poste services sorties de devises au sein de la balance des paiements ayant été de 10/11 milliards de dollars par an entre 2010/2019. Le poste services au niveau de la balance des paiements avec des sorties de devises 2010/2019 varie entre 9 et 11 milliards de dollars par an, qui s’ajoutent aux sorties de devises des biens d’importations.
Quatrièmement, des comptes transparents en temps réel reposant sur des comptabilités analytique s et non de s comptes consolidés via els comptes les comptes de transfert qui voiler l’efficacité réelle . Existant quelques rares exceptions, il se trouve que dans leur état actuel, les comptes des entreprises publiques et privées algériennes, de la plus importante à la plus simple, sont en contradiction avec les audits les plus élémentaires. À titre d’ exemple, Sonatrach a besoin d’un nouveau management stratégique à l’instar de la majorité des entreprises algériennes, avec les comptes clairs afin de déterminer les coûts par sections. Or, nous assistons à l’opacité de la gestion de Sonatrach, qui se limite à livrer les comptes globaux consolidés sans distinguer si le surplus engrangé est dû à des facteurs exogènes, prix au niveau international, ou à une bonne gestion interne. Cinquièmement, , pour attirer les opérateurs tant nationaux qu’internationaux, s’impose la stabilité monétaire et juridique, ainsi que la résolution des dettes et créances douteuses. Or, les banques publiques croulent sous le poids de créances douteuses et la majorité des entreprises publiques sont en déficit structurel, surtout pour la partie libellée en devises supposant des mécanismes transparents en cas de fluctuation du taux de change. La dépréciation simultanée du dinar par rapport au dollar et l’euro, principales monnaies d’échange, ne répond pas aux valeurs en bourse où la cotation est inversement proportionnelle, ayant pour but essentiel de combler artificiellement le déficit budgétaire, assimilable à un impôt indirect. Ainsi, le gouvernement actuel projetant pour 2023 environ 185 dinars un euro et 156 dinars pour un dollar, et en prenant un écart de 50 % par rapport au marché parallèle, nous aurons environ 300 dinars un euro minimum en 2023, sous réserve de la maîtrise de l’inflation, sinon l’écart serait plus important, avec une projection 250 euros fin 2021 en cas d’ouverture des frontières et l’inévitable hausse des taux d’intérêts des banques primaires pour éviter leurs faillites. Dans ce cas, il est illusoire tant d’attirer l’épargne de l’émigration via les banques que l’on veut installer avec des coûts en devises, que de capter le capital argent de la sphère informelle via la finance islamique. Comment voulez-vous qu’un opérateur se présente en bourse sachant que la valeur du dinar va chuter d’au moins 50 %, sinon plus, dans deux à trois années, dépréciant ses actifs ? Evitons d’appliquer des schémas de pays développés comme le financement non conventionnel où les recettes keynésiennes de relance de la demande globale applicables à une économie productive structurée, alors que l’Algérie souffre de rigidités structurelles et la faiblesse de l’offre, et des solutions purement monétaristes à la Friedmann, comme la solution miracle de la dévaluation du dinar pour dynamiser les exportations hors hydrocarbures alors que la valeur du dinar est passé de 5 dinars un dollar en 1970 à plus de 132 dinars un dollar et en janvier 2021 toujours 98% des recettes en devises avec les dérivées proviennent toujours des hydrocarbures, montrant que le blocage est d’ordre systémique. Aussi les prévisions du plan de relance économique , outre le manque d’objectifs chiffrés précis , selon le couple moyens humains et financiers , entre 4/5 milliards de dollars pour 2021, d’exportation hors hydrocarbures, si on exclut les dérivées d’hydrocarbures seront difficilement réalisables. Le danger est une spirale inflationniste avec une déstabilisation politique à la vénézuélienne, pays qui a la première réserve mondiale de pétrole plus de 14 fois celle de l’Algérie mais avec un système économique presque similaire devant comparer le comparable. Même le FMI e t la banque mondiale ont révisé leurs positions, devant forcément synchroniser la sphère réelle et la sphère financière, la dynamique économique et la dynamique sociale

En conclusion : évitez les utopies de certaines actions gouvernementales

Force est de constater qu’il reste beaucoup à faire pour que certains responsables algériens s’adaptent aux arcanes de la nouvelle économie, aucun pays à travers l’histoire ne s’étant développé grâce uniquement aux matières premières mais par la bonne gouvernance, la réforme des institutions et la valorisation du savoir. Évitons d’induire en erreur les autorités du pays avec des surcoûts faramineux comme par le passé sans rentabilité réelle. Par exemple l’investissement avec tous les annexes arrivé au port, de Gara Djebilet nécessitera plus de 7 milliards de dollars d’investissement, l’ex ministre de l’industrie en 2008 estimait à 15 milliards de dollars avec la création de 4800 emplois directs et 15.000 emplois indirects (l’actuel ministre 3500 énorme écart, source APS) et l’actuel ministre de l’industrie en date du 11 juin 2020 avait déclaré que le coût d’investissement dans les deux projets phosphate et gara Djebilet est estimé « entre 15 et 16 milliards de dollars : cela démontre la non maturation des projets de la part des responsables et qui croire avec des différences de plusieurs milliards de dollars ? Afin d’éviter d‘induire en erreur tant l’opinion publique que les plus hautes autorités du pays , l’actuel ministre des Mines doit donner le montant en dinars et en devises du projet dans sa globalité , la part du financement de la partie algérienne et la rentabilité effective pour éviter les errements du passé qui ont conduit le pays à la situation actuelle. A un cours de 100 dollars la tonne (cours moyen de 2020) le fer brut, pour une exportation brute de 30 millions de tonnes auquel, le chiffre d’affaire serait de 3 milliards de dollars, montant il faudra retirer 40% de charges, le coût d’exploitation étant très élevé restant 1,80 milliard de dollars Ce montant est à se partager selon la règle des 49/51%, avec le partenaire étranger restant à l’Algérie 920 millions de dollars. C’est que l’exploitation du fer de Gara Djebilet nécessitera de grands investissements dans les centrales électriques, des réseaux de transport, une utilisation rationnelle de l’eau, des réseaux de distribution qui fait défaut du fait l’éloignement des sources d’approvisionnement, tout en évitant la détérioration de l’environnement, unités très polluantes et surtout une formation pointue. Et là on revient à la ressource humaine, pilier de tout processus de développement. En prenant l’hypothèse de 7 milliards de dollars, le retour en capital pour une exportation de 30.000 tonnes de fer brut/an , serait de 8/10 ans. donc pas de rente et donc , seule la transformation en produits nobles(aciers spéciaux ) peut procurer une valeur ajoutée plus importante à l’exportation, mais nécessitant d’importants investissements et des partenaires qui contrôlent le marché mondial. Par ailleurs où en sont les réalisations effectives des projets de mines d’or, proposés aux jeunes investisseurs dans le sud sachant que l’exploitation a un cout important, et la rentabilité est fonction du cours de l’once d’or qui fluctue depuis trois années entre 1600 et 2100 dollars l’once, la cotation le 06/01/2020 étant de 1949 dollars.

En résumé, soyons réaliste, la rente des hydrocarbures sera pour longtemps, la principale société pourvoyeur de devises où avec la crise actuelle, il est utopique d’attirer massivement les IDE et de canaliser le capital-argent de la sphère informelle . D ‘où l’importance de l’installation du Conseil National de l’énergie seul organe habilité à tracer la future politique énergétique devant s’orienter vers un Mix énergétique fondement de la transition énergétique. .L’Algérie a toutes les potentialités de surmonter la crise actuelle sous réserve d’ une vision stratégique de développement hors hydrocarbures, une lutte contre, la corruption passible du code pénal à ne pas confondre avec acte de gestion, passant par la numérisation avec des interconnexions intra -secteurs reliés aux réseaux internationaux .La transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, suppose un profond réaménagement du pouvoir, nécessitant une restructuration du système partisan loin des aléas de la rente, et surtout la dynamisation de la société civile ; pas celles qui vivent de la rente et qui ont applaudi tous les gouvernements passés, qui, en symbiose avec les Etats et les institutions internationales jouera un rôle de plus en plus déterminant en ce XXIème siècle . Le compromis des années 2021/2030 devront concilier l’impératif de productivité et la cohérence sociale, les principes d’une société ouverte et le devoir de solidarité, en un mot l’efficacité et l’équité ,les politiques parleront de justice sociale qui ne saurait signifier égalitarisme vision populiste suicidaire En bref la réussite du processus de développement implique la refonte du système politique et socio-économique. La tolérance par la confrontation d’idées contradictoires productives, loin de tout dénigrement, est la seule voie pour dépasser l’entropie actuelle. Le plus ignorant est celui qui prétend tout savoir et méditons les propos pleins de sagesse du grand philosophe Voltaire «Monsieur je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai de toutes mes forces pour que vous puissiez toujours le dire.

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