Cette déclaration intervient dans un moment où des milliers citoyens manifestent leur refus d’une nouvelle reconduction du président sortant lequel brigue un 5e mandat. 

Un groupe d’universitaires et intellectuels ont rendu public ce lundi 25 février une tribune dans laquelle  ils interpellent « tous les universitaires et intellectuels libres et dignes, à exprimer leur solidarité et leur totale adhésion au processus de changement que la société algérienne demande ». 

« Nous, universitaires et intellectuels signataires de ce texte, sommes convaincus que des positions claires et courageuses revêtent, à cet instant historique et décisif, une importance particulière pour l’avenir de l’Algérie. Une importance accentuée par le fait que l’université ne produit plus de sens, ne s’intéresse plus à la chose publique et a renoncé à son statut de porte-parole de la société », écrivent les signataires dont des politologues, des journalistes et des enseignants universitaires. 

« Face à la prise de conscience exprimée par la société refusant la politique de la soumission au pouvoir absolu, nous, universitaires et intellectuels, ne pouvons passer outre l’opportunité de la transformation sociale et politique d’une société qui aspire à vivre dans la dignité, la liberté et le bien-être », affirment-ils. Une société « dont les membres revendiquent la reconnaissance de leur statut en tant que citoyens, membres d’une communauté nationale, fière et solidaire dans ses différences ». 
Dans ce contexte exceptionnel, les signataires appellent l’ensemble des universitaires et intellectuels « libres et dignes », à exprimer leur solidarité et leur totale adhésion « au processus de changement que la société algérienne demande ». Avant de projeter un vrai projet social et politique, l’universitaire et l’intellectuel « doit nourrir une relation existentielle avec ses concitoyens; avant d’être doté d’une conscience politique, il doit être conscient de son appartenance pleine et entière à sa communauté. L’intellectuel ne peut pas être à la marge. Il doit entendre le message de la société à laquelle il appartient », écrivent encore les signataires au nombre d’une trentaine.   

Une responsabilité historique

Ils appellent leurs camarades à intégrer la société dans leurs préoccupations, en s’engageant moralement et politiquement à porter les aspirations de celle-ci. Autrement, « nous nous condamnons à être invisibles, inaudibles. Nous sortirons par la petite porte du futur de notre société qui prend son avenir en main et en dessine les contours », préviennent les signataires qui ajoutent qu’en n’agissant pas ainsi « nous nous priverons des moyens de nous affranchir des contraintes d’un régime caractérisé par l’autoritarisme, la hogra, l’esprit rentier, la médiocrité, le clientélisme et la corruption ». Par leur inertie, les intellectuels, soulignent encore les auteurs de la pétition, participerons à la reproduction des échecs passés.  « Nous avons-en ces moments précis- une responsabilité historique. Ne la sous-estimons pas, de même ne sous-estimons pas la volonté que les Algériens affichent dans la rue. Harmonisons et synchronisons nos rapports avec eux, pour que nous puissions être capables de transformer la colère de la rue en un modèle de changement politique profond allant vers la construction d’un État moderne », relèvent les pétitionnaires. 

Pour eux, leur engagement comme universitaires et intellectuels consiste à accompagner la société en marche. « Nous sommes appelés, aujourd’hui plus que jamais, à donner du sens à cette phase socio-politique, qui doit nous conduire à la société de coexistence, d’acceptation de la contradiction et de reconnaissance de l’autre. Telle est la garantie d’un présent et d’un avenir prospère. 
Nous devons nous engager à fournir les moyens politiques qui empêcheront que s’installe le vide qui permettra la reproduction d’un système politique usé. Notre responsabilité est de paver le chemin de la société qui trace sa voie vers la liberté et la justice qui mettront fin, définitivement, à un système qui a produit violence et corruption », lit-on encore dans la tribune. 
 Les signataires affirment leur position aux côté de la société qu’ils disent accompagner. « Nous participons à sa résistance pacifique qui doit continuer dans son caractère pacifique et civil. Nous l’appelons à ne pas répondre aux provocations et à toutes sortes de violence, car la violence est l’arme des faibles », soutiennent-ils.

Les intellectuels mettent en garde contre les « aventuriers et des parasites » qui bénéficient du statut quo, qui ont privé le peuple du « droit à son autodétermination » et qui cherchent, maintenant, à « tirer profit du processus en marche pour reproduire un système usé qui constitue une menace pour le présent et l’avenir de l’Algérie ». « L’arme des Algériens dignes est le projet pacifique et légitime qu’ils veulent bâtir. L’histoire est ponctuée de tournants qui exigent des citoyens algériens des positions et des positionnements. Les lois de l’univers, des peuples et des sociétés n’épargnent personne », concluent les signataires de la déclaration.

Premiers signataires
1. Redouane Boudjemaa Université d’Alger
2. Said Loucif Université d’Alger
3. Louisa Dris-Aït Hamadouche
4. Fatma Oussedik, Université d’Alger
5. Said Djaafer, journaliste
6. Fatima Bouhani Université d’Alger
7. Nacer Djabi Université d’Alger
8. Aziz Laabane, Université d’Alger
9. Chérif Dris, Ecole supérieure de journalisme
10. Nacira Houari, Université de Bejaia
11. Ali Kessaysia, Université d’Alger
12. Mourad Kassed Université d’Alger
13. Abdelaziz Boubakir, Université d’Alger
14. Lila Sidhoum, Université d’Alger
15. Mohamed Hanned, Université d’Alger
16. Aissa Merah, Université de Bajaïa
17. Salaheddine Sidhoum, Chirurgien
18. Said Gacemi, université de Tamanraset
19. Farida Akrout, université de Mostaganem
20. Redouane Rabia, université de Msila
21. Akrout Farida, université de Mostaganem
22. Mourad Ouchichi, Université de Bejaia
23. Nacer Aoudia, Université de Bejaia
24. Abdelkrim Benaicha, Université de Bejaia
25. Cherfa el hanafi, Université de Bejaia
26. Yazid Aït Koukam, Université Bab Ezzouar
27. Zoubir Arous, Université d’Alger
28. Kenza Meghiche, Université Alger
29. Amina Rabahi, université d’Alger

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