Transition énergétique : un groupe d’experts algériens recommande une stratégie 100% EnR - Maghreb Emergent

Transition énergétique : un groupe d’experts algériens recommande une stratégie 100% EnR

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Un groupe d’experts algériens du secteur énergétique, composé de Tewfik Hasni, Redouane Malek et feu Nazim Zouioueche, vient de publier une étude comportant une série de recommandations, pour asseoir une réelle stratégie nationale de transition énergétique.

Ce travail minutieux, intitulé « l’Algérie 100% énergie renouvelable », a été exposé par l’expert en transition énergétique Tewfik Hasni, lors d’une conférence de presse organisée  jeudi à Alger, au siège de la fondation Friedrich Ebert.

En introduction, l’expert a indiqué que la problématique cernée dans cette étude est d’essayer de répondre aux questions ; quelle vision avons-nous pour cette transition énergétique ? Pourquoi cette transition et surtout comment la réaliser ?

Pour Tewfik Hasni, l’Algérie traverse une crise politique et économique amplifiée par la crise sanitaire mondiale due au Covid-19 qui, selon lui, risque de durer dans le temps. « Nous faisons face à 4 priorités sécuritaires en Algérie; la défense, l’énergie, l’alimentaire et la santé », a-t-il souligné en ajoutant que la sécurité énergétique se place en deuxième position après celle de la défense.   

Il déplore, en revanche, la dépendance de l’Algérie des énergies classiques qui continue de durer malgré les appels incessants des experts, pour un passage aux énergies propres. « Sur le plan énergie, nous avons été très dépendants des énergies fossiles, principalement le gaz, mais après un autisme d’une décennie on découvre que le solaire est le plus grand potentiel énergétique que nous possédons », a martelé le conférencier.

« La volonté politique a toujours manqué »

Dans son intervention, Tewfik Hasni a évoqué l’étude menée à l’université de Stanford, aux Etats-Unis, qui est arrivé à la conclusion que sur 139 pays étudiés, la mutation au tout électrique serait à 80% en 2030 et 100% à 2050. Sur ce point, l’expert en transition énergétique n’a pas manqué de rappeler que le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, avait lui-même déclaré qu’il n’y avait pas de stratégie énergétique en Algérie.

Hasni s’est demandé alors, pourquoi l’Algérie n’a pas pu réaliser sa transition vers le renouvelable ? Selon lui, la volonté politique a toujours manqué depuis 2003. « En 2002, la loi sur l’électricité avait consacré les énergies renouvelables et heureusement que le ministre du secteur avait avoué qu’elle a été bafouée », a-t-il souligné.

L’expert insiste sur l’assurance d’une sécurité énergétique en l’Algérie. « On nous dit que d’ici 2030, il n’y aura plus de pétrole et de gaz, mais on continue d’aller vers ces ressources. La démarche actuelle qui confirme qu’il n’existe pas de stratégie, n’est pas entrain de nous assurer une sécurité énergétique », a-t-il souligné.

L’exigence de fabrication locale des équipements « bloque le développement de l’EnR« 

Pour Tewfik Hasni, les freins liés au blocage du développement des énergies renouvelables en Algérie seraient en premier, de continuer à subventionner les énergies fossiles alors qu’on refuse de le faire pour les énergies propres. « 15 milliards de dollars par an sont consacrés aux subventions de l’énergie, alors que seul 30% de la population nécessite cette aide, mais 70% de riches en profite », a-t-il estimé.

Selon l’expert, toutes les allocations financières sont consacrées aux projets d’énergies fossiles. « Tous les investissements dans les EnR devaient passer par la fabrication locale des équipements. C’est une façon de bloquer le développement dans ce secteur », a-t-il estimé, en se demandant ; « qui va ouvrir une usine pour une capacité de production, même de1000 MW. Ce n’est pas rentable ».

En plus, a-t-il ajouté, les Chinois ont cassé tous les prix d’équipements liés aux EnR, et la concurrence dans ce domaine est devenue impossible.

Les 10 recommandations de l’étude

A partir de l’étude effectuée par ce groupe d’experts en énergie, on peut définir une dizaine de recommandations.

Il s’agit de promouvoir les énergies renouvelables par des règles et des pratiques d’action, mettre en place des institutions de soutien aux EnR, investir dans des projets EnR à grand échelle, ancrer la stratégie 100% EnR dans le plan national de développement économique et définir un modèle de consommation énergétique sur la base d’un développement économique global.

En plus, promouvoir des projets à petite échelle, impliquant les communautés locales, construire des centres de dissémination de l’information, explorer le potentiel de la création d’emplois, cerner les contraintes à l’investissement, proposer des réformes et lancer un modèle de financement viable et enfin, créer une coopération et des synergies entre les différents secteurs de gouvernance.

« Nous avons gâché de précieuses années par une culture de la rente héritée en fait du colonisateur. Il ne sert à rien de pleurer sur notre passé », lit-on dans le document de cette étude.

« Notre jeunesse ne nous le pardonnerait pas. C’est pourquoi, il faut s’attaquer à ce défi, en sachant qu’aucune approche découlant d’une vision passéiste ne peut être valable. Le monde de demain sera totalement différent. Le défi ne pourra être relevé que par une participation de tous les acteurs concernés sans exclusion. C’est le principal facteur de réussite », conclut l’étude.

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