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Maghreb

Algérie-Les opérateurs de l’agro-industrie se plaignent des entraves à l’export

Par Yazid Ferhat
mars 31, 2015
Algérie-Les opérateurs de l’agro-industrie se plaignent des entraves à l’export

L’Algérie ne dispose que de 8.5 millions d'hectares de surface agricole utile, soit 3% de  la superficie nationale globale, selon l’agro-économiste Chérif Omari, présent à la Conférence nationale sur le Commerce Extérieur. Une superficie très petite pour ce plus grand pays d’Afrique. Pourtant dans les salles et les couloirs du Palais des Nations où se tient l’événement, les acteurs du secteur agroalimentaire se « positionnent » déjà comme l’alternative de l’après pétrole.

 

Convaincus de leurs énormes potentiels  exportables, les opérateurs du secteur agro-industriel sont venus des quatre coins du pays à la Conférence nationale sur le Commerce Extérieur  pour plaider leur cause, mais surtout dresser la liste des difficultés et des entraves qu’ils rencontrent au moment où ils entreprennent des démarches d’exportation. Belhacen Amor, directeur de la Coopérative agricole d’approvisionnement et de service de Casap N’Gaoues, affirme que sa Coopérative produit  «  des produits agricoles de bonnes qualité ». «  Nous disposons de la quantité nécessaire pour couvrir les demandes nationales et exporter ; nous produisons,  par exemple, 70.000 tonnes d’abricots.  Nos produits se déclinent sous différentes variétés en fonction des régions et ils sont très demandés, mais ce qui fait défaut, c’est la certification de nos produits. Il n’existe pas d’entité pour cela », regrette Amor Belhacen dans une déclaration à Maghreb Emergent. Même blocage relevé par Mme Ourida Bettouche, entrepreneure dans l’agroalimentaire, qui a vu sa marchandise de viande bloquée en dépit de l’existence du contrat d’exportation, du marché et de sa conformité à toutes les règles inhérentes aux exportations.

Accompagnement des exportateurs

Lors de l’atelier intitulé « Vers une stratégie nationale de promotion de commerce extérieur », animé par l’économiste Mostafa Mekidèche, cette exportatrice a plaidé pour la mise en place d’un instrument d’accompagnement dans l’application des  accords d’association entre l’Algérie et ses partenaires étrangers, pas uniquement en matière d’importations, mais également d’exportation.  L’exportation des dattes algériennes était le segment le plus développé dans ces trois ateliers. Le ministre du Commerce, Amara Ben Younes qui animait la plénière, a relevé que l’Algérie a importé pour 39 milles dollars de dattes en 2014. L’exportateur de ce fruit saharien Salah Zein Khelil  appelle les autorités à alléger la fiscalité et à encourager la plantation qui permettrait de passer «  à 15 millions de palmiers en une année », et aussi protéger la commercialisation de ce produit en proie au commerce informel et au trafic. « Il faudrait créer deux ports sec, un dans les frontières est du pays, pour éviter l’évasion de quantité énorme par Tebessa, et un autre à In Salah pour contrer les contrebandiers qui pratiquent le trafic des dattes vers les pays sub-sahariens », préconise-t-il.

Assainir d’abord le marché national

« Mais le commerce des dattes est un commerce saisonnier, et nos perspective de commercialisations les plus optimistes ne dépasseront pas les 100 millions de dollars », tempère M. Astaouti directeur de l’analyse des marchés au niveau de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (Algex). Selon lui, pour vouloir investir le marché international, il faudrait avoir une offre exportable. «  La production de qualité conforme aux normes internationales n’est pas suffisantes », a-t-il estimé dans une déclaration à Maghreb Emergent. «  Il faudrait normaliser le commerce national par l’obligation de la facture et du chèque dans les transactions commerciales à fin d’assurer une traçabilité. Une fois le marché national assaini, le passage vers l’exportation se fera de manière automatique. Dans le cas actuel des choses, le marché local, renforcé par le marché parallèle, est plus porteur que celui  du marché international ». 

Dévaluer le Dinar

Abondant dans le même sens, l’économiste Gliz Abdelkader, explique à Maghreb Emergent que les revenus des exportateurs sont assez minimes, par exemple, « car un kilo de datte qui se vend entre 2 à 5 euros n’est en aucun cas encourageant pour l’exportateur national ». « L’avantage de l’agroalimentaire en Algérie est que tout est subventionné par l’Etat.  A l’exportation, par contre,  le taux de change actuel  est décourageant, et il  favorise davantage l’importation », a-t-il dit. Gliz Abdelakader pense qu’une dévaluation du dinar serait la solution pour booster l’exportation, bien que cela engendre une augmentation du coût de la vie, mais c’est une mesure qu’on doit assumer ».