Les sites Web algériens de covoiturage démarrent en mode diesel - Maghreb Emergent

Les sites Web algériens de covoiturage démarrent en mode diesel

Algérie Covoiturage Nroho Coorsa
Facebook
Twitter

Algérie Covoiturage Nroho Coorsa

 

Deux sites web algériens destinés à des annonces de covoiturage ont vu le jour presque en même temps. Lancés il y a une année, “Coorsa.com” et “Nroho.com” affichent de maigres résultats. Un millier d’annonces chacun. Si “l’idée a fait ses preuves ailleurs”, le covoiturage via le Net ne fait pas encore recette en Algérie.

 

Les bonnes idées ne manquent pas. Deux groupes de jeunes distincts, des férus d’informatique, ont décidé de lancer un site Web pour aider au covoiturage afin de réduire la circulation automobile, et la pollution qu’elle génère, et permettre de faire des économies. Certes, “l’idée a fait ses preuves ailleurs”, comme le suggérait, il y a exactement une année, Zahir Saad Bouzid, un des initiateurs du Coorsa.com, dans un entretien accordé à Maghreb Emergent et Le Quotidien d’Oran. Mais, selon les résultats obtenus en Algérie, son adaptation prendra du temps. “Un bilan sera fait d’ici septembre prochain. Mais une chose est sûre c’est que le nombre d’annonces n’a pas dépassé un millier environ depuis le lancement du site en mai 2013”, nous explique Zahir Saad Bouzid. C’est juste que, selon lui, le site Web et le concept en général, “n’ont pas bénéficié d’une bonne publicité”. Chez le site concurrent, qui a également démarré il y a une année, les résultats sont les mêmes. “Environ 1100 annonces de covoiturage” depuis le lancement de “Nroho.com”. Mais les initiateurs des deux sites sont confiants. “Le covoiturage a un avenir” en Algérie, insistent-ils.

Peut être que dans ce genre de concept, la recherche sur le Web “n’est pas encore entrée dans les mœurs des algériens”. Proposer à des “inconnus” de partager un voyage de quelques centaines de kilomètres, ou même des itinéraires quotidiens au sein de la capitale, nécessite du courage. Et pourtant, “aucun incident” n’a été signalé aux responsables des deux sites, aussi bien par ceux qui postent les annoncent, que par ceux qui y répondent. L’on trouve même des annonces postées par des conductrices, mais non sans risques. Il faut dire que certains plaisantins créent un effet repoussoir aux annonceurs. Amel, 23 ans, cherche covoiturage (en passagère) sur un itinéraire quotidien (du dimanche au jeudi) reliant “Raïs Hamidou à Hydra”. L’annonce a été vue 114 fois. Mais l’unique commentaire posté par un courageux inconnu donne à réfléchir : “Tahouissa. Je paye 10.000 DA pour cette course”.

“Ça ne marche pas”

Même les annonceurs constatent que le covoiturage “ça ne marche pas”. En tout cas, pas via un site Web. Djamel, qui proposait, en novembre dernier, un trajet quotidien de Bordj El Bahri vers Ben Aknoun (et inversement), affirme n’avoir eu aucune réponse. Et pourtant, son annonce a été consultée 82 fois. Entre temps, ce conducteur a dû garer sa voiture, lui préférant un autre moyen de transport. En l’appelant sur le numéro qui s’affichait sur son annonce, on entend la voix qui annonce les arrêts du Tramway. “Prochaine station… Bab Ezzouar – Cité Universitaire”. “Oui, depuis quelques semaines je prends le tramway jusqu’à Café Chergui (la station a été inaugurée en avril dernier, ndlr)”, explique-t-il. Sur le même itinéraire, “Fatiha” qui a déposé son annonce, comme “passagère”, en février dernier, affirme n’avoir reçu “aucun retour” à sa demande. Comme Djamel, elle aussi prend le tramway depuis avril. A noter que sur la bonne trentaine d’annonces choisies, au hasard, deux annonceurs ont répondu à nos appels. Si certains numéros ne répondent pas, d’autres sont… faux, indique une voix de l’opérateur.

Sur “Nroho.com”, publier annonce ou y répondre, ne nécessite aucune inscription au site. Par contre, sur “Coorsa.com”, “pour réserver une place et échanger vos coordonnées avec le conducteur, vous devez être membre”. Sont exigées à l’inscription au site, un nom et une adresse email.

Le comique rivalise avec la drague

Certaines annonces de covoiturage sur ces deux sites frisent le comique. Pour un trajet “Oran – Sidi Bel Abbès”, un autre Djamel propose d’embarquer un passager dans sa “207 HDi”. A condition que le conducteur soit en forme. “En général chaque jour, quand je suis pas fatigué, départ le matin à 6 h 30 et retour l’après-midi 17h00”, précise l’annonceur. Voilà qui est clair. Par ailleurs, si une bonne majorité des annonces proposent gratuitement le covoiturage, d’autres font payer cher la course. Les tarifs des annonces payantes varient de 200 à 1200 DA, par exemple pour un trajet entre reliant Alger à Ziama (Jijel). Sur “Nroho.com”, des annonces sont même accompagnées de quelques exigences, comme les mentions “Non fumeur”, “pas d’animaux”, ni “musique” ou bien “Entres Elles”, lorsque la conductrice s’adresse exclusivement à des passagères. En fait, même des annonces de conducteurs sont estampillées de “Entre Elles”. Dans sa Mégane, “Enzo”, 26 ans, propose, avec un double sourire, le “trajet quotidien” Ouled Fayet – Bouzareah… “uniquement pour femmes :)), envoyez moi un mail ;)”.

Les initiateurs de ces deux sites Web de covoiturage ne comptent pas s’arrêter là. En attendant une évaluation de ces deux expériences, d’autres projets ont été lancés. C’est le cas pour l’équipe de “Nroho.com” qui a déjà lancé “www.bledvoyage.com“, une plateforme de réservation d’hôtel en Algérie, et “www.twiiza.com” une plateforme de “financement participatif” destinée à “soutenir des porteurs de projets, grâce à la mobilisation des internautes”. En raison de l’absence de paiement électronique en Algérie, les participations au site de crowdfunding “Twiiza”, qui compte déjà 21 projets, s’adressent “en premier lieu à la diaspora algérienne” pour “leur permettre de maintenir le lien avec le pays, par le parrainage et le soutien de projets algériens”. Les participations depuis l’Algérie seront possibles via des “virements bancaires, mandats et chèques”, explique un membre de l’équipe.

 

Facebook
Twitter