Optimisme prudent pour une économie tunisienne convalescente

Optimisme prudent pour une économie tunisienne convalescente

Jomaa

La conjoncture économique s’améliore peu à peu en Tunisie. 2014 devrait être une année de convalescence sur le chemin d’un retour à une croissance forte. Agriculture et tourisme feront l’objet de toutes les attentions.

 

 C’est encore loin d’être l’euphorie mais les signes avant-coureurs du printemps semblent enfin arriver…. En déroute depuis la chute du régime de Zine el Abidine Ben Ali, le 14 janvier 2011, l’économie tunisienne reprend peu à peu des couleurs. Signe tangible de cette (légère) embellie, la chute du dinar est enrayée, la monnaie nationale ayant regagné du terrain sur l’euro et le dollar (respectivement +4% et +3% depuis le début de l’année). « La confiance revient à petits pas » confirme un homme d’affaires pour qui l’adoption d’une nouvelle Constitution et la mise en place d’un gouvernement transitoire a eu un impact considérable à la fois sur les milieux économiques mais aussi sur les ménages qui se remettent à consommer. La Banque centrale de Tunisie (BCT) fait le même constat, saluant les progrès réalisés sur le plan politique et estimant que le déblocage d’une tranche de 506 millions d’euros par le Fonds monétaire international (FMI) est un signal très encourageant à la fois pour les opérateurs locaux mais aussi pour les investisseurs étrangers.

 L’année de la convalescence

 Pour autant, aucun observateur ne se risque à prédire un redémarrage fulgurant de l’activité. Pour 2014, la prévision la plus optimiste pour la croissance du Produit intérieur brut (Pib) est de 4% tandis que la Banque mondiale et le FMI avancent plutôt le chiffre de 3%. Dans les deux cas, il s’agirait d’un niveau certes appréciable mais bien en-deçà des 6% nécessaires pour absorber une partie du chômage des jeunes et pour réduire la pauvreté. En clair, 2014, serait plutôt l’année de la convalescence en attendant un véritable redémarrage. De plus, chaque semaine qui passe rapproche la Tunisie des futures élections législatives et présidentielle. Cela veut dire que, petit à petit, l’incertitude et l’attentisme vont reprendre leurs droits et cela malgré tous les efforts que déploiera le gouvernement de Mehdi Jomaâ. Une évolution possible que confirme un ancien ministre de Ben Ali, aujourd’hui à la retraite forcée. « La rentrée prochaine risque d’être tendue parce que la politique va reprendre ses droits. On parlera de plus en plus des élections, de la date de leur tenue…».

 Une réflexion stratégique sur l’agriculture et l’agro-industrie

 Durant les semaines qui vont suivre, les regards vont se porter sur deux secteurs en particulier. En premier lieu, celui de l’agriculture. La campagne 2012/2013 a été décevante en raison de la sécheresse et de la désorganisation des filières de commercialisation. Pour celle qui est en cours, les perspectives sont plus positives, la pluviométrie ayant plutôt été au rendez-vous ces derniers mois. Reste à savoir si le gouvernement transitoire prendra les mesures nécessaires pour réformer un secteur victime d’un abandon institutionnel depuis au moins deux décennies. A l’image de Mohamed-Ali Marouani, de nombreux économistes tunisiens plaident en effet, pour la mise en place urgente d’une réflexion stratégique autour de l’agriculture et de l’agro-industrie.  Selon une projection réalisée par la BCT en 2010, la modernisation de ce secteur pourrait rapporter à la Tunisie un à deux points de croissance supplémentaires sans compter le désenclavement de nombreuses régions rurales.

 Les touristes algériens, viendront-ils ?

 Le second secteur qui sera, à coup sûr, observé à la loupe, est le tourisme. Outre l’emploi direct et indirect (Près de 600.000 postes, saisonniers compris), cette activité est le reflet même, parfois de manière exagérée, du niveau de stabilité et de confiance en la Tunisie. A cela s’ajoute le fait qu’elle pourvoit à 20% des recettes en devises du pays, une donne importante dans un contexte où le pays a un grand besoin de financements et de couverture de ses opérations de commerce extérieur. Comme en 2013, les questions sont les mêmes : les Libyens – de loin les premiers visiteurs du pays – continueront-ils à venir en Tunisie pour s’y soigner ou s’y détendre loin de l’insécurité qui caractérise actuellement leur pays ? Si une réponse affirmative est plus que probable, tel n’est pas le cas pour les touristes algériens. Viendront-ils ? Ne viendront-ils pas ? Les autorités tunisiennes, très attentives à la situation politique algérienne, espèrent que la saison estivale sera celle du retour en force de touristes connus pour être les plus prodigues en matière de dépenses. 

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