M A G H R E B

E M E R G E N T

Maghreb

Procès de l’affaire de l’autoroute est-ouest : Les Chinois renient Chani Medjoub

Par Yazid Ferhat
avril 30, 2015
Procès de l’affaire de l’autoroute est-ouest : Les Chinois renient Chani Medjoub

[caption id="attachment_88299" align="alignnone" width=""] Le représentant du groupement chinois CITIC-CRCC enfonce Chani Medjoub[/caption]

Les auditions des inculpés dans l’affaire de l’autoroute est-ouest sont terminées mercredi soir. Il ne reste que l’homme d’affaires El Khier Allab qui n’a pas été entendu pendant l’instruction qui doit passer à la barre aujourd’hui. Les déclarations des représentants du consortium japonais COJAAL et le groupement chinois CITIC-CRCC ont représenté le fait saillant de la journée d’hier.

 

Les représentants du groupement chinois CITIC-CRCC et du consortium japonais COJAAL, inculpés dans l’affaire de l’autoroute est-ouest, ont affirmé mercredi devant le juge que leurs entreprises ont mis des moyens à la disposition de l’Agence nationale des autoroutes (véhicules, les téléphones portables, le loyer payé à ses cadres et ingénieurs etc.) en application d’une clause contractuelle qui stipule des mesures d’accompagnement dans l’exécution des travaux.

C’était un moment fort de l’audition des entreprises où l’avocat de Mohamed Khelladi, inculpé justement pour avoir exigé à ces entreprises la mise à la disposition de sa division et de ses personnels lesdits moyens, a saisi l’occasion pour demander au juge de le souligner dans le dossier. " Donnez-moi une attestation monsieur le juge ! ", s’est-il exclamé avec enthousiasme à chaque fois que cette clause contractuelle est évoquée. Le représentant de COJAAL est allé plus loin en disant que le consortium n’aurait pas demandé de les restituer après l’emprisonnement de Mohamed Khelladi si l’ANA ne lui avait pas demandé de le faire.

Ainsi, Khelladi, à qui le juge avait demandé ce qu’il pensait des déclarations du représentant de COJAAL, a formulé une autre accusation à l’encontre d’Amar Ghoul et l’ancien DG de l’ANA Mohamed Ziani qui se trouve être témoin dans ce procès : "C’est Ghoul qui a demandé à Ziani de le faire en contrepartie de son maintien dans le poste de DG de l’ANA".

 Le représentant du groupement CITIC-CRCC, une joint-venture de droit algérien entre CITIC International et CRCC a, lui, enfoncé Chani : " CITIC-CRCC n’a jamais eu de relation contractuelle avec Chani Medjoub et en tant responsable je ne l’ai jamais vu ni lui ai fait part de nos contraintes".  Et d’ajouter : " Nous avons eu à faire face à des difficultés certes, mais nous les exposions régulièrement au maître de l’ouvrage et nous en rendions compte à nos sociétés mères". Chani s’est encore défendu en expliquant qu’il était conventionné par CITIC International et non pas par CITIC-CRCC.

Tadjeddine nie tout en bloc

Les représentants du consortium japonais et le groupement chinois étaient les derniers auditionnés pour ce premier volet de l’affaire qui concerne les contrats conclus dans le cadre du projet de l’autoroute est-ouest. Le juge a en effet auditionné Sid Ahmed Tadjeddine Addou et des bureaux d’études COBA (Portugal) et SMI (Canada) avant de passer au volet lié aux contrats du secteur du Transport.

En somme, Tadjeddine a nié avoir vu Chani avant de le croiser en prison. Tadjeddine qui a dit être le tuteur de sa petite famille et celle de son frère décédé a indiqué avoir connu Sacha en 1999. Ce dernier l’avait alors mis en contact avec une association française pour la prise en charge de sa nièce handicapée.

"Je l’ai présenté à Khelladi qui a un fils handicapé pour faire de même avec lui. Je n’ai ni payé le billet d’avion Alger-Paris pour Khelladi ni entendu parler de son voyage en Chine", a-t-il dit, soulignant que les aveux consignés dans le dossier judiciaire lui ont été extorqués sous la torture. " C’était tellement inhumain que je disais ce qu’on me faisait répéter, pourvu qu’on me laisse regagner ma cellule pour dormir", a-t-il déclaré.

Au sujet d’un montant de 30 000 USD qu’il avait viré dans le compte d’Habib Mrabet, représentant de SMI au Maghreb, Tadjeddine a dit avoir rendu un service à son amie Lison Benarroch, vice-présidente de SMI International.

"C’était pour permettre à Habib Mrabet de régler une urgence liée aux activités du groupe au Maroc " a-t-il dit. Habib Mrabet, convoqué comme témoin dans ce procès avant que le juge Tayeb Hellali ne décide de l’auditionner en tant représentant de SMI International qui est inculpé dans l’affaire en tant personne morale, a avoué qu’il avait décroché le contrat de contrôle externe dans le cadre du projet de l’autoroute est-ouest pour SMI avant qu’il n’intègre officiellement le groupe.

" Je travaillais à Alstom et j’étais en négociation pour créer une filiale de SMI en Algérie", a-t-il déclaré. Quant au montant de 186 000 euros versés par COBA sur le compte HSBC Suisse de Tadjeddine, le représentant de ce bureau d’études portugais a précisé que c’était une avance sur des prestations contractuelles que devait fournir Tadjeddine à COBA, des prestations qui consistent en une "assistance dans le domaine administratif en Algérie ".

Le second volet de l’affaire

Le débat lié aux marchés du secteur du transport impliquant l’ancien directeur de la planification au ministère du Transport, Salim Rachid Hamdane, n’a pas pris beaucoup de temps. Tous les inculpés ont été auditionnés en l’espace de deux heures. L’audition de Salim Rachid Hamdane a tourné autour des conditions de son arrestation. "C’était un enlèvement ! ", a-t-il clamé, s’interrogeant sur les raisons qui auraient poussé les éléments du DRS à le traiter de la sorte.

"Je serais allé de mon propre chef, j’ai toujours répondu présent quand on me sollicitait pour des enquêtes d’habilitation ou autres", a-t-il regretté. Salim Rachid qui, par pudeur, a sollicité le juge pour faire sortir sa femme et ses belles sœurs de la salle afin de pourvoir raconter sa détention, a accusé les éléments qui ont perquisitionné son domicile et celui de sa belle-sœur d’avoir " racketté sa famille". 

Sa femme et ses belles sœurs ont précisé que la relation qui les liait à la famille Addou était "familiale, amicale et fusionnelle" et que l’argent viré par Sid Ahmed Addou sur leurs comptes respectifs appartenait à leur père. C’était, selon leurs déclarations, une dette que devait le père de Sidi Ahmed à leur père, l’ambassadeur Abdelkrim Ghrib, et c’était ce dernier qui lui avait demandé de le verser à ses filles. Tout en expliquant au juge qui s’est demandé pourquoi n’avaient-elles pas parlé de cette dette lors de leur première audition par le juge d’instruction, que ce qui s’est passé avec Salim Rachid et la perquisition de leurs domiciles  leur ont fait perdre confiance en tout.

Les déclarations de Sid Ahmed Addou se recoupent avec celles des filles d’Abdelkrim Ghrib s’agissant de ces virements. Sid Ahmed Addou est inculpé pour un rôle présumé dans l’intelligence économique que faisaient les entreprises Garavanta (Suisse), Pizzarotti (Italie) et Isolux Corsan (Espagne) ayant réalisé respectivement le téléphérique de Constantine, le tramway de Constantine et celui d’Oran.

Il a précisé au juge n’être qu’actionnaire dans la société Metalson qui a eu à prester dans le cadre des projets en question et que ces prestations étaient contractuelles et postérieures à l’attribution des marchés. Des déclarations confirmées au juge par les représentants de ces sociétés qui ont souligné que les prestations fournies par Metalson étaient réelles et facturées correctement.

A l’exception du représentant de la société Garavanta, leader mondial des téléphérique, qui a indiqué que la société Metalson basée à Londres a été recommandée à Garavanta par son avocat suisse à cause de la présence de Sid Ahmed dans son actionnariat, le décrivant comme fils d’une grande famille en Algérie, les autres ont déclaré ne pas avoir connu Sid Ahmed avant d’avoir sous-traité des tâches à Metalson.

L’autre déclaration plaidant la cause de Sid Ahmed est celle de son oncle Tadjeddine : "Il est là juste parce qu’il est mon neveu, il n’a rien à voir là-dedans. Je ne l’ai pas vu depuis le 3e jour du décès de son père. Ils ont voulu faire tomber son frère Karim que je rencontrais mais comme ils n’ont pas pu le faire, ils ont embarqué gratuitement Sid Ahmed".