Une proposition gratuite de «programme économique» pour ceux qui iront au bout de cette chronique - Maghreb Emergent

Une proposition gratuite de «programme économique» pour ceux qui iront au bout de cette chronique

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La meilleure nouvelle de la semaine est venue de Tunis :  L’adoption de la nouvelle Constitution démocratique de la Tunisie et la nomination d’un nouveau gouvernement de transition ont amené Alger a, enfin, faire un second «geste» envers la Révolution tunisienne. Le nouveau premier ministre tunisien, Mehdi Jomaa, est venu en première priorité à Alger s’assurer que la Grande commission mixte entre les deux pays de la mi-février allait bien accoucher de quelque chose. C’est acquis, le gouvernement algérien va enfin signer un accord commercial de préférence avec la Tunisie. Certes, il ne porte que sur une liste restreinte de produits, mais va plus loin que les exonérations prévues par l’accord de libre échange intra-arabe de la ZALE. Surtout, c’est un accord qui a du sens. L’Algérie et la Tunisie sont seconds clients et fournisseurs entre eux dans la zone arabe de libre échange. Ils devraient être premiers. L’accord stimulera progressivement l’augmentation des échanges commerciaux entre les deux pays, mais devrait aussi aider la Tunisie à réduire son important déficit commercial avec l’Algérie. Les exportations de la Tunisie vers l’Algérie avoisinaient les 407 millions de dollars en 2012 contre 1 milliard de dollars d’importations de produits algériens.

Les autorités algériennes ont beaucoup tergiversé au sujet du rôle de leur pays dans le processus tunisien.Réflexe pavlovien d’un régime militarisé, la coopération sécuritaire a été plus prompte que le partenariat économique. Le premier geste à l’égard de la Tunisie faisait date. Le 15 mars 2011, le président Bouteflika accordait au tout nouveau premier ministre tunisien, Beji Caïd Essebsi, une aide de 100 millions de dollars divisés en 50 millions de dollars de mise à disposition de la BCT à taux nul, 40 millions de crédit à taux bonifié de 1%, et 10 millions de dollars de dons. Cette chronique s’était élevée à chaud contre la modicité de l’aide algérienne. Un mois plus tard, le 22 avril 2011, la banque mondiale réunissait près de 1,5 milliard de dollars de facilités de financement pour la banque centrale tunisienne (BCT). Une action qui mettait à nu la faiblesse de l’aide algérienne.

D’autant qu’en octobre 2012, Alger choisissait, plutôt que de venir à la rescousse de son voisin en grande difficulté, de participer pour 5 milliards de dollars à un emprunt pour le FMI. Une partie de cet emprunt sera reversée dans les mois suivants par le FMI à la Tunisie au titre de la stabilisation de la balance des paiements. Entre mars 2011 et février 2014, Alger n’a rien fait pour soutenir l’économie tunisienne. En vérité, le président Bouteflika a secrètement parié sur un échec de la démocratisation en Tunisie qui démontrerait que les pays arabes ne sont pas prêts pour la modernité politique. Au moment où lui-même s’apprête à entraîner l’Algérie vers une humiliante régression institutionnelle avec son 4e mandat, Tunis et le fringant Mehdi Jomaa sont venus, à force de persévérance, rappeler qu’une autre voie est possible. Nécessaire. Alger pensait s’en être débarrassés avec 100 millions de dollars. Avec l’accord préférentiel, il faudra rouvrir les chantiers du Maghreb économique et regarder l’avenir autrement que derrière des frontières fermées.

La crise des monnaies des pays émergents pèse de plus en plus sur les places financières mondiales : De quoi s’agit il ? Tout a commencé avec l’annonce par l’ex-président de la FED, la réserve Banque américaine, au printemps dernier que son institution allait commencer à réduire son programme de rachat d’actifs — 85 milliards de dollars injectés mensuellement dans le système financier — à la fin de l’année 2013. Une partie — non vraiment évaluée — de ces flux partait à l’étranger. Plus précisément vers les pays émergents où elle finançait des investissements de portefeuille sur des marchés actions ouvertes couplées à des taux change flexible (libre change).

La promesse de la prochaine raréfaction des disponibilités financières accordées par la FED a provoqué une contraction des flux entrants vers les places financières des pays émergents : Brésil, Inde, Russie, Afrique du Sud, Turquie, Argentine. Tous ces pays ont ensuite connu un dévissage du taux de change de leur monnaie nationale. Un mouvement qui s’est poursuivi au-delà de l’été pour prendre l’allure d’une évasion de capitaux depuis quelques semaines. Une évasion permise bien sûr par le système du taux de change libre. Crise du modèle de croissance des pays émergents ou simple ajustement des parités monétaires compte tenu de la fin de la bienveillance monétaire américaine ? Les prochaines semaines le diront.

En attendant, deux choses à retenir. La première est que la plupart des banques centrales des pays émergents dont les monnaies sont attaquées résistent grâce à des réserves de change colossales accumulées durant les 14 dernières années. Elles augmentent leur taux directeur et rachètent des dollars en masse. Elles agissent comme les banques des grands pays industriels confrontées à la même situation. Aucune n’a quitté encore le libre change, à l’exception notable de l’Argentine qui n’y figurait plus depuis la crise de 2001. La seconde est que les autorités algériennes qui ont choisi de ne pas être un pays émergent de ne pas ouvrir leur marché de capitaux et de ne pas rendre convertible leur monnaie dans un libre change, ne peuvent pas se prévaloir de la crise actuelle des pays émergents pour dire qu’elles ont fait le bon choix conservateur.

Pour cela, il faudrait que la croissance des PIB du Brésil, de la Turquie et de l’Afrique du Sud de cette dernière décennie soit effacée par la crise actuelle. Aucun économiste ne pense qu’il en sera ainsi. De là à soutenir comme Ali Benouari que l’Algérie est mûre pour la convertibilité totale du dinar… le doute est permis. L’évasion des capitaux est en cours au square Port Saïd où le taux de change parallèle décote de près de 50% la valeur officielle du dinar. Et Mohamed Laksaci, le gouverneur de la Banque d’Algérie, est persuadé qu’il protège l’économie nationale.

Des candidats à la candidature cherchent des idées de programme pour la présidentielle algérienne : C’est très sérieux, puisque quelques-uns parmi eux, dont une grande figure médiatique, ont sollicité une aide auprès de think tanks algériens. Comme les élections elles-mêmes sont bien parties pour ne pas être du tout sérieuses, cette chronique se permet de faire une proposition de programme pour réduire le recours au Trésor public. La télévision publique algérienne, dont chacun sait qu’elle émarge au budget de l’Etat, a acheté les droits exclusifs de retransmission du championnat national de football — détenus par la LNF — autour de 220 millions de dinars. Une partie de cet argent vient du contribuable puisque l’entreprise ENTV ne s’autofinance pas. Mais voilà que l’ENTV dilapide cet argent puisqu’elle n’utilise pas ses droits. Lors de la retransmission du match USMA-JSK ce samedi, la télévision a coupé le direct au moment où Meftah de l’USMA s’apprêtait à tirer un penalty. Une seconde coupure a eu lieu, qui a empêché de comprendre comment la JSK a obtenu — en fin de match — un penalty. Les raisons de la coupure ? L’appel à la prière du Maghreb puis d’El Icha pour Alger et ses environs.

Une réforme bouteflikienne. En 2010, l’ENTV avait coupé le direct de Algérie-Angletterre de la Coupe du monde pour les mêmes raisons. Des millions de téléspectateurs ont basculé sur Al Jazeera Sport, la très islamiste chaîne qatarie qui ne coupe pas le direct pour l’appel de la prière de la voisine, la Mecque. Proposition de programme économique aux candidats : obliger contractuellement la LNF à stopper les matchs retransmis en direct durant l’appel à la prière. De sorte que les droits TV ne soient pas gaspillés pour rien. Il y a une autre réforme, un peu plus simple. Faire passer un bandeau en bas d’écran pour signaler l’heure de la prière. Sans doute trop chère.

Article publié par le quotidien El Watan

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