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Yasmine Seghirate (ORSE): »Il était important de montrer que tout le monde n’a pas baissé les bras en Algérie »

Par Maghreb Émergent
mars 24, 2014
Yasmine Seghirate (ORSE): »Il était important de montrer que tout le monde n’a pas baissé les bras en Algérie »

  Yasmine Seghirate, ORSE

 Yasmine Seghirate, chargée de mission au sein de l’association française de l’Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE) revient dans cet entretien sur la genèse du projet de plateforme nationale RSE et les travaux restant à accomplir.

 

 Qu’est-ce que la RSE ?

La responsabilité sociétale des entreprises n’est pas un label. C’est un processus dans lequel s’engage l’entreprise désireuse d’assumer sa responsabilité envers les effets qu’elles exercent sur la société. Dans les années 2000, les organisations internationales prennent en effet conscience que tous les défis auxquels elles sont confrontées, à savoir les problèmes de climat, de pauvreté, d’alimentation, etc., ne peuvent se résoudre sans l’aide des entreprises ; les multinationales étant partie prenante des phénomènes observées sur les hommes et leur environnement. Les organismes internationaux ont donc réfléchi à comment associer le privé dans un travail de collaboration visant à insérer la dimension sociale et sociétale au sein de l’entreprise. En 2000, le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annam, a signé le Pacte mondial des Nations Unies qui définit dix principes de RSE : droits de l’homme, normes du travail, environnement, lutte contre la corruption, etc. Et en 2010 a été ratifiée la nouvelle norme internationale ISO 26000 déterminant les « Lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale ».  Plus structurante que les textes adoptés auparavant, la norme ISO 26000 apporte des éléments de méthodes pour la mise en place d’une stratégie de responsabilité sociétale des entreprises. La RSE fixe donc une direction à l’entreprise pour évoluer et se développer. C’est une démarche de progrès.

 Pourquoi avoir choisi de lancer une plateforme RSE en Algérie ?

 La première raison est qu’il existe très peu d’informations disponibles en français sur le sujet. Or, nous étions confrontés à un intérêt grandissant pour la RSE de la part des pays d’Afrique et du Maghreb. Etant l’un des seuls observatoires francophones reconnus internationalement spécialisé sur ces questions sur lesquelles nous travaillons depuis la création de l’association en 2000, il nous a semblé évident de réaliser la plateforme RSE Algérie.  La seconde raison est que nous avons rencontré en Algérie des acteurs entrepreneuriaux attentifs à ces nouvelles préoccupations en matière sociale, environnementale, éthique, de droits de l’Homme et de consommateurs et même déjà actifs dans l’application de ces principes à leurs activités commerciales et décisions stratégiques. Nous avons ainsi découvert au cours de nos missions de prospection de nouveaux types d’entreprises avec des dirigeants ayant des doubles casquettes, chef d’entreprise et engagé dans l’associatif par exemple, désireux de faire de leur entreprise un outil de changement et d’innovation. Après des années de guerre civile, il était important de montrer que tout le monde n’avait pas baissé les bras et qu’il y avait un engagement de la part des entreprises algériennes. Nous souhaitions donner de la visibilité aux bonnes pratiques mises en œuvre par ces acteurs. L’Algérie est le premier pays avec lequel nous lançons une plateforme RSE et est le premier pays à se doter d’une plateforme RSE nationale. Il n’existe pas de modèles existants. Nous l’avons inventé. C’est une expérimentation 100 % algero-algérienne.

 Quelles ont été les différentes étapes de construction de la plateforme RSE Algérie ?

 Nous avons commencé par établir, en 2012, un partenariat avec l’Institut algérien de gouvernance d’entreprise Hawkama El Djazaïr, présidé par Liès Kerrar, et dont le projet a été monté en collaboration avec Amel Stambouli. C’était un choix évident compte tenu de l’engagement d’Hawkama dans la pérennisation du code algérien de gouvernance d’entreprise adopté en 2009. Pour nous, monter ce projet à deux était une suite logique. Une fois la convention signée, le bouche-à-oreille a bien fonctionné et rapidement des entreprises algériennes ont rejoint nos réunions de travail. On a eu très tôt une bonne volonté de la part des entreprises algériennes. Le site bénéficie d’ailleurs du soutien financier d’entreprises sponsors qui croient à la RSE et au projet, telles que le Forum des chefs d’entreprises (FCE), le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (CARE), l’Institut algérien de normalisation (IANOR), la Chambre algérienne de commerce et de l’industrie (CACI). Chacun des partenaires a ensuite diffusé la nouvelle du projet auprès de leurs membres en les invitant à faire connaître leurs bonnes pratiques sur la plateforme. Cela nous a permis de constituer une masse critique d’une cinquantaine d’entreprises allant de la PME à des entreprises publiques (filiales de Sonalgaz et Naftal) en passant par de grandes entreprises privées algériennes (NCA Rouiba, RedMed, etc.) et aux filiales des multinationales (Sanofi, Danone, Lafarge, etc.). Une fois ces acteurs réunis, nous avons conçu le site avec une équipe de webmaster. Au total, sur deux ans, le projet a coûté au moins 50 000 euros.

 Comment a été conçu le site ?

 L’idée était de créer une plateforme capable de regrouper des personnes qui ont les mêmes problématiques et qui ont envie d’apporter des solutions. Le site rse-algerie.org est donc un espace collaboratif permettant aux entreprises d’échanger leurs bonnes pratiques et leur donne ainsi de la visibilité. En même temps, nous souhaitions faire de cette plateforme un outil d’information sur la RSE. Le site rassemble ainsi la documentation existante et les dernières actualités en matière de RSE et de développement durable. Sachant que l’ORS dirige déjà deux sites autour des questions de RSE que sont reportingrse.org  et egaliteprofessionnelle.org, il nous était facile de proposer un site agrégeant toutes ces informations. Puis, en concertation avec nos partenaires, nous avons décidé que le rubriquage du site suive celui de la norme ISO 26000 élaboré autour de sept thèmes : la gouvernance de l’organisation, les droits de l’Homme, les relations et conditions de travail, l’environnement, la loyauté des pratiques, les questions relatives aux consommateurs, les communautés et le développement local.

 Maintenant que la plateforme est lancée sur le Web, que reste-t-il à faire ?

 A présent, il faut activer le bouche-à-oreille pour que les entreprises prennent connaissance du site et qu’elles nous contactent, et que les réseaux associatifs, riverains ou autres se manifestent s’ils pensent qu’ils peuvent accompagner les entreprises dans une démarche RSE. On souhaite aussi associer les universités et les grandes écoles algériennes dans le projet afin de pérenniser le modèle. Pour l’instant, ce sont l’ORS et Hawkama qui aident les entreprises à identifier les bonnes pratiques et à les partager mais plus tard, on aimerait que ce soit les étudiants qui s’occupent de ces questions de RSE et de développement durable. D’autant qu’ils représentent les chefs d’entreprises de demain, si on peut déjà les sensibiliser à la RSE se sera une très bonne chose. Le site est une première étape, c’est de monter qu’on est là et qu’il y a une plateforme qui existe, mais l’idée derrière est de donner lieu à des publications, de petits déjeuners autour d’un thème comme « l’alimentation des salariés au travail » ou encore « la place des handicapés », etc. On se donne six mois pour consolider le projet en constituant une bibliothèque bien fournie de bonnes pratiques. Mais, à terme, le but est que la plateforme soit géré et piloté en Algérie. Nous réfléchissons aussi à dupliquer le modèle en Tunisie et au Maroc et ainsi construire une vision maghrébine de la RSE.

 Propos recueillis par Nejma Rondeleux

 

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